Mode

Dis-moi ce que tu portes, je te dirais qui tu es

Pour ceux qui croyaient qu'un "mini trench aux boutonnières passepoilées" était une manière de dire que la fringue en question était rigolote, le nouvel opus de Sophie George, "Le vêtement de A à Z" sera une lecture instructive. Car même si la boutonnière est passepoilée, on ne doit pas en déduire trop rapidement qu'elle "se poile". Tout au plus, on notera qu'une boutonnière peut donner l'impression d'un sourire en coin, mais le passepoil est en fait l'agrément de finition de la boutonnière en question. Styliste de formation et professeur, Sophie George signe là aux éditions, judicieusement nommées, Falbalas ­ ou "petits volants ou rubans froncés" - un charmant bouquin, abécédaire technique du vêtement, véritable bible illustrée de la fringue, que dis-je, de notre garde-robe. A destination des néophytes ou des techniciens du stylisme, ce petit volume fait des miracles tant il permet de visualiser d'un coup d'oeil le vêtement, la parure, en deux mots comme en cent, notre double peau. Car il ne se contente pas d'une description technique - et traduite en anglais, comme pour suivre plus aisément les comptes rendus des fashionweeks londoniennes et new-yorkaises -, il recontextualise le vêtement dans son époque et dessine les contours de la société qui le porte. Vertugadins et crinolines ont fait place belle aux guêpières, tangas et strings : la femme gagne en liberté, elle n'est plus distanciée du reste du monde par la crinoline (ce "jupon rigide, s'évasant démesurément vers le bas") mais la mode dicte toujours l'image qu'elle doit réfléchir, hanches galbées (à l'époque des années 50 et du retour de la guêpière) ou corps perfection, avec le retour en puissance du string. Le vêtement comme modèle d'observation de la société qui l'invente met en évidence la préhension sociale d'une époque sur l'entité corporelle. L'auteur nous invite à y réfléchir.

Il est également question de mixité. Si depuis les années 50 le vestiaire de l'homme a envahi la penderie de ces dames (tailleurs, pantalons, vestons), l'inverse n'est pas vrai : les hommes auraient-ils peur de perdre leur virilité sous les plis d'une jupe ? Sophie George pose la question d'un vêtement sexué, d'un vêtement miroir de notre société.

Enfin, une lecture instructive du "vêtement de A à Z" permettra désormais à tous et chacun, sans peine et dans le désordre, de féliciter la contrôleuse de la SNCF pour son chemisier - signé Lacroix ! - à lavallière, d'insérer dans ses conversations de midinettes les mots "redingote" et "jodhpur", de siffler, quand vient l'été, les filles en jupe dites "bain de soleil". Un livre très sérieux au demeurant modeste.