Evoquées à l’occasion des récentes foires d’art contemporain à Bruxelles, deux expositions en centres d’art privés retiennent l’attention par la qualité et la singularité des propositions. Pour sa quatrième exposition, la Maison particulière a choisi pour thématique Struggle(s) - combat(s). Une proposition qui, dans le contexte actuel et vu la production de nombreux artistes engagés dans des positionnements sociaux et politiques en réaction à l’état général du monde, pourrait rassembler des œuvres directement percutantes, voire violentes, de manière à créer le choc du combat. Fort heureusement ce n’est pas cette voie qui a été choisie prioritairement, même si elle était capable de créer un contraste fort dans l’écrin très apprêté du lieu à l’enseigne de quelques œuvres, principalement celles de l’artiste invité, l’Espagnol Josep Niebla, particulièrement avec "Camp de refugiats" (1990) qui ne nécessite aucun commentaire, tant l’œuvre évince les mots par sa puissance évocatrice.

Et c’est précisément l’option de Myriam et Amaury de Solages d’avoir sélectionné, dans les collections privées dont elles sont issues, des œuvres qui s’appréhendent rarement au premier degré et ne prennent pas le terme de la thématique au pied de la lettre. Des œuvres comme la peinture de Nigel Cooke "Eva Braun’s Room" (Birdshit/Excréments d’oiseaux) ou comme le dessin de Louise Bourgeois "Hold my Bones" n’ont besoin d’aucune surenchère pour transmettre à la fois le poids d’une histoire collective ou personnelle, traumatisante, et tout le ressenti émotionnel. Ces images livrent la densité d’un combat qui atteint les regardeurs dans leur intimité et les conduit à la réflexion, à l’approfondissement du motif traité à travers soi.

En abordant le sujet sous différents angles, de la psychanalyse (voir l’œuvre bien piquante de Gilles Barbier, Siiigmund Freud) aux boat people (impressionnante peinture de Josep Niebla dont chaque œuvre relance la thématique), l’exposition évite avec beaucoup de justesse un point de vue unique ou une cible préférentielle qui auraient pu finalement la déforcer par un effet de démonstration. Rien de tel, tout d’abord parce que les œuvres proviennent d’artistes de multiples origines qui souvent ont vécu dans des pays dictatoriaux ou non, mais où la démocratie a été et parfois reste bien bafouée sous des dehors de projets sociétaux visant le bien être humain. Le dessin de barques empilées de l’artiste cubain Kcho ou la valisette quasiment de survie de la Chinoise Yin Xiuzhen, en sont deux exemples parlants. Ensuite parce que chaque œuvre choisie est avant tout une entité propre à considérer dans son adéquation entre son esthétique et ce qu’elle injecte de sens et de questionnements dans notre regard. On appréciera ainsi le ballon de foot de Kendell Geers englobant la tête de Berlusconi, une très belle peinture sur affiche de 1987 de Jean-Charles Blais, le squelette emprisonné de Pascal Bernier, la Tumbling Woman d’Eric Fiscl, les silhouettes noires de Carlos Aires découpées dans des vinyls musicaux, la vidéo The Lovers de Bill Viola, les Andres Serrano, Christoph Draeger, Lili Dujourie Et on fera en sus d’excellentes découvertes !

Pour son ouverture, le Cab, nouveau centre d’art, a invité six artistes brésiliens qui appartiennent distinctement à deux générations, l’une issue des années soixante, l’autre, plus jeune des années quatre-vingt. Cette dernière compte dans l’exposition trois artistes qui s’adonnent à la peinture et fort curieusement dans une tradition figurative qui serait plutôt classique de facture. Rodrigo Bivar peint, de manière très réaliste, une famille se baignant tandis que Rafael Carneiro s’attache de manière pratiquement hyperréaliste à une image très cinématographique des années cinquante d’une rencontre très bourgeoise et visiblement prévue, d’un homme et d’une femme, dans un site boisé. Entre ces deux peintures, l’espace-temps d’un demi-siècle, et cependant peu de différences ! Quant à Ana Elisa Egreja, elle peint un intérieur étrange, un peu baroque voire surréalisant, constitué d’une mixité d’éléments comme si le temps cette fois se télescopait en un seul lieu.

On retrouve la notion du paysage chez Albano Afonso d’une manière panoramique avec un jeu de miroir par lequel le regardeur est partiellement inclus dans l’image. Paysage encore, mais de manière poétique et métaphorique, pour le vidéaste Wagner Malta Tavares qui filme une maison sans fenêtre offerte aux vents. Frôlant l’abstraction tout en restant dans une symbolique identifiant le pays, Sandra Cinto propose un triptyque mural, alors que Paulo Climachauska, dont on reparlera (LLB/Arts Libre du 11/05/12), élabore à l’aide de chiffres de grandes perspectives presque vides, blanches, images du temps présent. Chacun de ces artistes semble vouloir saisir l’état des choses entre passé, présent et futur.

Maison particulière. Centre d’art. Struggle(s). 49, rue du Châtelain, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 30 juin. Du jeudi au samedi de 11h à 18h.

CAB Art Centre (Contemporary Art Brussels). 7 artistes de Sao Paulo.32-34 rue Borrens, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 16 juin. Du jeudi au samedi de 12h à 18h.