Vivement recommandé", "Dès les premiers instants" les affiches et les slogans encourageant l’allaitement maternel habillent les murs rosés de la maternité de la clinique Saint-Pierre d’Ottignies. Comme 21 autres en Belgique, ce service est labellisé Hôpital ami des bébés (IHAB).

Derrière cette appellation, se cachent dix principes centrés essentiellement sur le soutien et le respect de l’allaitement maternel. Si cette initiative lancée par l’OMS et l’Unicef fête cette année ses 20 ans, elle n’est apparue en Belgique qu’en 2006. "Nous avons été séduits par ce programme de qualité et d’envergure internationale mais nous avons dû œuvrer pour que les autorités politiques et médicales cessent de faire la sourde oreille", explique Françoise Moyersoen, l’une des anciennes coordinatrices à l’échelle nationale du projet géré par le Comité fédéral de l’allaitement maternel.

Sous l’impulsion des ministres de la santé successifs, plusieurs phases pilotes ont été menées pour encourager la centaine de maternités du pays à s’intéresser au label. "L’un des principaux indices de qualité à atteindre est un taux d’au moins 75 % des mamans allaitant exclusivement de la naissance à la sortie de l’hôpital", continue-t-elle.

Un taux élevé au sortir de deux générations biberons. "La pression des firmes productrices de lait artificiel était très influente auprès du corps médical, para-médical et des parents. Il s’agissait parfois d’un signe extérieur de richesse de pouvoir payer du lait à son bébé", fait remarquer Christel Jouret, sage-femme de la clinique d’Ottignies. Cette habitude, non instinctive et pourtant devenue naturelle à force de coups marketing, a été dénoncée notamment par le SPF Santé Publique. "Il est de notre devoir d’informer les parents des bienfaits de l’allaitement afin qu’ils puissent faire un choix libre et éclairé", stipule Laurence Doughan, coordinatrice du plan national nutrition santé.

En effet, nombreuses sont les études à avoir démontré la diminution de risques d’affections chez le jeune nourrisson et de cancer du sein ou de dépression chez la maman suite à l’usage de cette méthode nutritive. "De plus, il existe un aspect pratique non négligeable, le lait est parfaitement adapté aux besoins de l’enfant, tout en étant toujours prêt à bonne température", précise Jean-Christophe Verougstraete, gynécologue et chef de service de la maternité de la clinique d’Ottignies.

Dans cet hôpital, l’un des premiers à avoir obtenu le label en Belgique et à être fraîchement reconduit en 2010 après quatre années de certification, ce sont les sages-femmes qui ont porté à bout de bras le changement en 2006. "Tout le personnel a dû se former pour pouvoir offrir des informations adaptées mais surtout uniformes à chaque parent", continue le gynécologue. Et d’ajouter, "les femmes qui ont accouché à plusieurs reprises dans notre maternité ont remarqué et apprécié ces changements".

Pour Virginie Arts, maman de trois enfants dont Hanaé, la dernière venue, "je dois réapprendre les bons gestes à adopter après chacun de mes accouchements". Encore émue par la naissance récente de sa fille, cette jeune mère savoure encore les premiers instants vécus avec son nouveau-né. "C’était simplement magique de la sentir contre ma peau dès sa venue au monde", souligne-t-elle. Car si le label encourage l’allaitement, il incite également le personnel de la maternité à favoriser les contacts entre la mère et le nourrisson. "L’ancienne politique voulait que l’on récure le bébé à peine né. Aujourd’hui, ce n’est plus la priorité. Le petit est directement posé sur la poitrine de la mère et ce pour deux heures minimum afin que débute la première tétée", décrit Christel Jouret, l’un des piliers de l’obtention du label à la clinique d’Ottignies.

Afin que la maladresse éventuelle des premiers gestes ne porte pas préjudice au suivi de l’allaitement, cette spécialiste en lactation qualifie de cruciale la phase prénatale. "Ce qui se passe avant l’accouchement est la partie immergée de l’iceberg. Il est essentiel de mettre les parents en confiance", constate-t-elle. Tout au long de l’année, des séances d’information sont proposées à la clinique en collaboration avec l’ONE pour apaiser les questionnements des futurs parents. Un incitant financier est d’ailleurs octroyé aux maternités qui décident d’acquérir le label. "Ce soutien ministériel ne couvre que très partiellement les investissements consentis par les services hospitaliers pour améliorer la qualité de leur travail", note Françoise Moyersoen.

Si les pionniers en la matière ont reçu près de 45 000 € pour mener ce projet à bien, le subside est aujourd’hui descendu à 10 000 € en 2008 et 2010. "Des réflexions s’opèrent à l’heure actuelle pour adapter le projet. Le financement va certainement s’axer essentiellement sur l’aide à la formation des professionnels hospitaliers de santé. Les maternités pourraient, quant à elles, demander le label lorsqu’elles s’estiment prêtes à être évaluées et non plus suite à un appel collectif à candidature comme ce fut le cas depuis 2006", continue l’ancienne coordinatrice. Comme pour de nombreuses autres matières, l’absence de gouvernement maintient en suspens les décisions d’avenir de la certification en Belgique.

Cependant, label ou pas, le souhait du Comité fédéral d’allaitement maternel est de stimuler toute maternité à s’engager sur la voie des principes énoncés par ce protocole international. Bien que l’appellation Hôpital Ami des bébés choque certaines consciences, tous les acteurs de la naissance s’accordent à traiter de manière équitable les parents qui ont - par choix ou par nécessité médicale - tourné le dos à l’allaitement naturel. "Nous sommes les amis de tous les bébés et les guides de tous les parents", conclut Christel Jouret.