Kaléidoscopique : le terme paraît évident pour qualifier à la fois le texte d’Ivan Viripaev et la mise en scène de Galin Stoev. Le premier, né en 1974 à Irkoutsk en Sibérie, vit à Moscou ; le second, né en 1969 à Varna en Bulgarie, a élu domicile en Belgique. Et c’est à Paris, au Théâtre de la Colline, que leur quatrième collaboration (après "Les Rêves", "Oxygène" et "Genèse n°2") a vu le jour au printemps dernier, avec une équipe franco-belge. Elle nous arrive dans toute la singularité de ses point de vue divers. Ses sept pièces composant un tout à défricher, à traverser à la fois comme un songe et comme un océan de réel diffracté.

Tout se passe dans la salle d’attente d’un hôpital, où se croisent les mêmes six personnages : l’infirmière, la femme âgée jadis critique de ballet, Katia qui créa "Delhi", Andreï son amant, sa femme Olga, et Alina Pavlovna, la mère de Katia. Sept situations presque identiques révèlent d’eux des facettes radicalement différentes. Autant de variations qui déclinent la perte, l’espoir, la peur, l’amour, la transmission, le déchirement, le souvenir, la création, la rivalité, la trahison, la complicité, la consolation. Et la danse, centrale dans ce récit qui, sans donner la primauté à aucun de ses protagonistes, évoque cet art si fugace et profond à la fois - sans jamais le montrer. Sur la danse même se déplacent les angles de vue, de l’émotion à la forme en passant par la critique, la trace éventuellement profonde que peut laisser un spectacle par essence éphémère.

Dans cet hôpital donc, dans une sorte d’onde cyclique, les personnages apprendront au fil de la pièce la mort de l’un d’eux, tour à tour. Les perspectives se modifient. Les mots se répètent parfois, changent de sens selon qui les prononce, selon le moment. Une situation se construit sur les ruines de la précédente. Entreprise de construction et de démolition permanente.

Fabrice Adde, Anna Cervinka, Caroline Chaniolleau, Valentine Gérard, Océane Mozas et Marie-Christine Orry sont dirigés avec justesse et distance par Galin Stoev, en affinité sensible avec l’écriture si personnelle, pure, mystérieuse et parfois cocasse de son comparse Ivan Viripaev, dont le texte est ici traduit par Tania Moguilevskaia et Gilles Morel. Saskia Louwaard et Katrijn Baeten signent, quant à elles, scénographie, costumes, éclairages et création vidéo.

Continuum fascinant agité de soubresauts narratifs et temporels, "Danse Delhi" ne se résume guère, à moins qu’on s’en réfère aux mots de l’infirmière dans la septième pièce : pour elle les figures de la danse sont "nos destins bizarres, dessinés par une seule ligne ininterrompue". Une ligne cependant polysémique dans un univers polymorphe. Où se règlent des comptes. Où la vie continue.

Liège, Pôle Image, du 17 au 21 janvier à 20h15 (mercredi à 19h, rencontre avec l’équipe après la représentation). Durée : 1h50. De 10 à 19 €. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredelaplace.be

Bruxelles, les Tanneurs, du 24 au 28 janvier à 20h30. De 5 à 10 €. Infos & rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be