PSYCHO Entretien

Des jours, des semaines maintenant que réveil-matin rime avec crachin. Le triste et vilain mot, mélange de crachat et de chagrin. Avec des journées sinistrement sombres du matin au soir, sans l’ombre d’une once de lumière. Justement, comment ne pas sombrer ? Eviter le blues hivernal, la déprime, la bien connue - mais mal nommée - dépression saisonnière ?

Car oui, le manque de lumière - on n’a pas dit de soleil - influence l’humeur, comme nous le certifie le Dr Roland Pec, psychologue, somnologue et spécialiste en chronothérapie.

Dans quelle mesure le mauvais temps qui règne depuis des semaines maintenant peut-il affecter psychologiquement certaines personnes ?

Il convient de distinguer deux cas de figure. Le premier est disons bénin : tout un chacun verra son humeur, sa vigilance, ses performances diminuées par un manque de lumière et cela, à des degrés divers. Si on parle de l’humeur, on dira plutôt qu’il s’agit d’un blues de l’hiver.

Le second cas de figure est plus pathologique : il s’agit de la dépression hivernale, aussi parfois appelée "dépression saisonnière", ce qui est mal nommé car cela supposerait que la dépression intervient au changement de saison, en automne, alors qu’elle arrive vraiment en hiver. La dépression majeure est, elle, saisonnière, mais non hivernale.

Quels sont les signes qui définissent une dépression hivernale ?

Lorsque l’automne est bien avancé, la personne déclenche un état dépressif caractéristique qui n’est pas réellement un abattement, ou une dépréciation de soi. Il n’y a pas non plus de tristesse, mais c’est vraiment un ralentissement et un désintérêt pour les choses, qui évoque en réalité l’ours entrant dans sa grotte pour hiberner. Se manifeste alors un goût très prononcé pour les sucres et les graisses, une prise de poids consécutive et donc une mauvaise humeur qui en découle.

La luminothérapie est-elle une indication ?

Absolument, on peut aujourd’hui affirmer qu’elle intervient à deux niveaux.

Depuis 30 ans, on sait en effet qu’elle agit de manière chronobiologique, c’est-à-dire en remettant l’horloge biologique à l’heure. Plus on avance dans l’automne et puis dans l’hiver, plus le matin - et donc le réveil - apparaît tardivement, et plus on aura tendance à avoir un cycle qui retarde. On a pu mettre en évidence le fait que les dépressions hivernales étaient principalement liées à ce problème du "pulse" lumineux matinal qui arrive trop tard et où le sommeil se décale avec l’envie de dormir plus longtemps.

Il y a quelques années, on a découvert un effet direct de la lumière qui n’agit pas uniquement sur l’horloge biologique, mais aussi sur le cerveau, et qui a une influence positive sur l’humeur, la vigilance et les performances cognitives (attention, concentration, mémoire ).

Ces connaissances ont-elles changé l’approche de la luminothérapie ?

En effet, alors qu’elle se faisait auparavant uniquement à l’aube, entre 6 et 8 heures du matin, dans un but chronobiologique ou circadien, elle peut à présent aussi être recommandée en journée, de façon à booster de manière directe certaines zones du cerveau. Généralement, les traitements durent trois semaines, à raison d’une demi-heure par jour. Mais cette durée varie d’après les dispositifs de luminothérapie utilisés. En Belgique, on utilise beaucoup la Luminette, qui est un produit belge.

Quels sont les autres moyens d’éviter le blues, voire la dépression hivernale ?

En plus de la luminothérapie le matin, on peut prendre de la mélatonine le soir au coucher. Il existe aussi d’autres outils qui renseignent qu’il fait jour : se mettre en action, se lever à heure régulière même le week-end, sortir rapidement, bouger, avoir une activité socio-professionnelle, faire une activité sportive de grand matin Tout cela renseigne l’horloge biologique et lui dit : c’est le jour, il faut se lever! Ou encore se mettre face à une fenêtre plutôt que dos à une fenêtre quand on travaille. Il ne faut pas nécessairement du soleil, c’est la lumière qui est importante.