La vallée du Hoyoux peu longue mais riche en carrières de grès, est creusée par une rivière poissonneuse où les truites font la joie des pêcheurs. Jadis, les écrevisses enchantaient les riverains. Mais depuis plus de cinquante ans, le captage des eaux par l'ex CIBE a réduit le débit de cette "rivière impétueuse faisant grand bruit" pour évoquer Saumery et ses "Délices du Païs de Liège" (1742). Toutefois, les actuelles cascatelles offrent encore bien de la joie aux amateurs d'hameçons.

Le château de Barse que l'on admire toujours malgré le désagrément d'une route fort fréquentée est venu remplacer une forteresse implantée plus haut sur la rive droite. Celle-ci est attestée dès le XIe siècle (1088, en une charte stavelotaine) et fut détruite en partie en 1313 par les Hutois précise Jacques Delattre qui ajoute qu'alors le bien était en main des Beaufort dits de Barse.

Ce premier château fut occupé malgré tout jusqu'en 1751, comme l'a prouvé naguère Alain Beydts. La lignée des Beaufort de Barse s'éteignit en 1345 par Wauthier. C'est sa soeur Agnès, déjà citée à propos de Vierset qui hérita et fit passer le domaine dans la famille des Ramelot. Par les dames, Barse échut ensuite aux Orjo, Dongelberg, Gesves et à nouveau aux Ramelot.

Pour des raisons de confort sans doute, les seigneurs de l'endroit déplacèrent leur résidence principale dans la vallée au début du XVIe siècle selon les auteurs; il s'agissait alors des barons de Chrisgnée arrivés ici par mariage.

Le Tréfoncier

Les barons firent de belles alliances entre autres avec les Arschot-Schoonhoven et en 1704 avec Marie-Thérèse de Nassau-Corroy. Anne-Marie d'Arschot, devenue veuve de Gilles de Chrisgnée, releva la terre de Barse en 1688 puis elle épousa le comte Charles-Ernest d'Argenteau, sire de Méhaigne. Elle lui donna cinq enfants dont une fille devint baronne d'Harscamps. Le dernier Chrisgnée mâle légua Barse en 1731 à l'un de ses demi-frères, Charles-Joseph, comte d'Argenteau. Il était chanoine tréfoncier de Liège, ce qui était la première place politique et religieuse après le prince évêque.

A sa mort en 1781, le tréfoncier fera hériter un neveu en la personne de Florimond-Claude d'Argenteau, fils d'Antoine (feld-maréchal) et de Thérèse de Rouveroit; à la condition qu'il se marie. Il sera élevé à Lavaux-Sainte-Anne, à la charge d'ambassadeur et au titre de comte de Mercy-Argenteau par adoption.

Attaché de légation à Turin puis à Paris, sous les ordres de Kaunitz, on le verra ensuite à Saint-Petersbourg puis à Varsovie. En 1766, sur ordre de Marie-Thérèse il se retrouva à Paris. Il y restera 24 ans et sera un confident pour Marie-Antoinette.

En 1790, pour pallier l'absence de la gouvernante des Pays-Bas du sud, l'empereur d'Autriche François II nomma le sire de Barse à ce poste intérimaire à Bruxelles. L'aile Argenteau du Musée d'Art ancien de Bruxelles fait référence à notre personnage hutois qui habitait là, près de la Cour. Mais c'est comme ambassadeur à Londres que ce chevalier de la Toison d'Or mourra en 1794, non marié.

Fortune dilapidéeSon neveu François de Mercy-Argenteau (1780-1869) hérita de tous ses biens et rentes seulement en 1802. Il reprit donc Barse, puis Méhaigne, Eghezée, Saint-Germain, Lizen, Noville-sur-Méhaigne, Fologne, Momalle, Pondrôme et Tongrenelle et par son père mort en 1795, il reçut Ochain, Dongelberg, Pair, Roux-Miroir, Avennes et une moitié d'Abée (dont il finit par tout racheter).

Sa mère lui laissait Argenteau où il rendit l'âme. A Paris, son hôtel particulier était l'actuelle ambassade de Belgique. Cette fortune considérable fut dilapidée par ses petits-fils en vingt ans. Barse fut vendu en 1880. Paul Delloye-Godin, maître de forges s'empara de ce lot. Par les filles, Barse passa aux Mélotte puis aux Otreppe de Bouvette et aux Crombrugghe. Un agent immobilier l'acheta ensuite à destination de mandarins chinois qui ne vinrent jamais. C'est alors que les Lanson en 1998, devinrent maîtres de céans.

Barse est un château ferme de plan irrégulier, totalement fermé et dans lequel on accède par un porche en anse de panier situé sur la face sud regardant vers Royseux. L'accès de la ferme s'effectue par l'ouest et sous un passage charretier couvert. L'ensemble du bâti est érigé en moellons de calcaire et la distinction entre haute et basse cour n'est guère évidente. La cour était jadis centrée sur un bassin évoqué par Saumery. Et l'accès au château s'effectuait en passant par le jardin fort bien planté d'ifs et de haies qui créaient des perspectives.

Le logis est à dire vrai posé sur la face nord. On y compte douze travées sur deux niveaux sous une toiture en bâtière. Trois des quatre coins sont piqués d'une tour circulaire couverte d'une poivrière. Celle du coin nord-est servait jadis de chapelle. La face sud côté intérieur est joliment animé d'occuli circulaires à quatre clés. La face orientale est datée 1692 tandis que celle du nord en sa partie gauche porte les ancres de 1635. Le château se voit très bien de la route.

Ecurie de Dressage, Les Ecuries d' Autriche, Lionel Lanson 085/41.30.75.