"Quand j’ai joué ‘Les Monologues du vagin’, beaucoup de femmes sont venues se confier à moi. Je pensais qu’elles allaient me parler de sexualité, de plaisir, que ce serait très excitant mais, en réalité, la majorité des histoires relataient de la violence, des viols, des femmes battues, en souffrance. C’était terrible. Je ne me rendais pas compte que la violence faite aux femmes était une immense épidémie. Il fallait que je fasse quelque chose : j’ai fondé V-Day en 1998", nous confiait Eve Ensler à la Foire du Livre, en mars 2011. La fondation de cette Américaine, née en 1953, dont le "V" évoque "vagina" mais aussi "voice", "victory" et "Valentines Day" a permis de récolter pas moins de 85 millions de dollars pour protéger et aider les femmes et petites filles victimes de violence grâce aux représentations des "Monologues du vagin" - succès planétaire dont les recettes sont entièrement mises à profit de l’association - et à des actions ponctuelles. Forte, humble et volontaire, Eve Ensler a fondé la Cité de la Joie à Bukavu, en République démocratique du Congo, où les femmes victimes de tortures sexuelles et de viols peuvent se reconstruire mais aussi prendre conscience de leurs droits et "devenir des leaders". Si la lutte contre la violence est son principal cheval de bataille, elle cherche aussi à briser les tabous concernant la sexualité des femmes et à combattre la dictature du corps qu’elles s’imposent dans ses livres ("Je suis une créature émotionnelle", 2011) ou ses pièces de théâtre ("The Good Body", 2005). Artiste et activiste, pas de distinction à ses yeux.

Pour la Saint-Valentin, Eve Ensler lance l’opération "One Billion Rising" (lire pages 14 à 17) et appelle les hommes et les femmes à danser aux quatre coins du monde pour dénoncer les violences faites aux femmes (lire en pages 14 à 17). "Une femme sur trois sera battue ou violée au cours de sa vie. Un milliard de femmes violées, c’est une monstruosité. Un milliard de femmes qui dansent, c’est une révolution."