Pour sa seconde exposition, la Maison Particulière, centre d’art privé des collectionneurs Myriam et Amaury de Solages, a choisi une thématique large, abondamment traitée dans l’art tant ancien qu’actuel ou primitif, entrant en résonance avec des préoccupations sociales à la fois historiques et d’aujourd’hui, le tout associé à la révolution technologique de la fin du XX e siècle.

Pour mener à bien ce projet qui appellera certainement d’autres volets à l’avenir tant le sujet est quasi inépuisable, les protagonistes ont, selon un principe bien établi, réuni autour d’eux pour ouvrir les propos, diversifier les choix et les points, trois collectionneurs, le Français Renaud Bergonzo, le galeriste du Sablon Joaquin Pecci expert en art d’Afrique et de l’Himalaya, le Belge Alain Servais et pour le regard littéraire, le professeur Victor Ginsburgh. Et cette fois l’artiste invitée dont on retrouve des œuvres dans chacune des pièces de la demeure n’est autre que la jeune bulgare Oda Jaune (1979 - Vit à Paris) dont on a pu voir - et nous en avons parlé avec éloge - une expo chez Daniel Templon à Paris et une belle participation à un ensemble à la Maison de la Culture de Namur. En peintures et aquarelles elle traite fréquemment de la femme à travers des mises en scène de tout ou partie du corps féminin nu se présentant dans sa vérité et dont les tourments, questionnements, les interrogations intimes ou existentielles, s’expriment par des mises en situation déstabilisantes, des raccourcis, des contractions, des déformations, où un certain mystère se joint à l’expressivité. Des œuvres qui se situent à des lieues des esthétiques tendance, habiles, inventives, fortes, suggestives, foncièrement originales. Elles constituent le fil d’Ariane de l’expo.

Sur trois étages la Maison Particulière est donc habitée d’œuvres qui brassent le temps et les origines puisque dans les associations conçues par les maîtres du lieu, un masque ventre Yoruba pièce remarquable et très étonnante du Nigéria ou une sculpture élancée Senufo (Deble) de la Côte d’Ivoire, ou une petite, délicate et légère étude de baigneuse de Renoir, voire une subtile sanguine de François Boucher (XVIIIe), côtoient des œuvres modernes historiques comme toute la série des Jeux de la Poupée (1949) de Hans Bellmer avec les textes correspondant de Paul Eluard mise en relation avec la fameuse poupée, photographie de 1992, de Cindy Sherman, et rencontrent aussi des pièces très actuelles tel ce fusain de Robert Longo exceptionnel, sous-titré My Wife, in a Burka ou une peinture suggestive du jeune belge Gauthier Hubert.

C’est donc une forme de très large éclectisme qui préside à cette exposition où les œuvres sont rassemblées par affinités thématiques et/ou esthétiques et surtout où l’on perçoit qu’elles ont été choisies pour leurs qualités intrinsèques, leur pouvoir d’extériorisation et leur densité de sensibilité. Ici les émotions rejoignent sans cesse toutes les potentialités intellectuelles ou plasticiennes des œuvres.

Nous n’effectuerons pas le parcours complet qui compte plus de soixante-cinq œuvres mais on en soulignera encore la diversité à travers des découvertes et pas des moindres comme ces grandes œuvres composites (laine, plasticine, cheveux ) de Mondongo, un groupe d’artistes argentins, comme le corps en porcelaine de l’Américaine Wayne Fisher, comme les sculptures de Melissa Ichiuji ou celle étonnante d’une jeune belge inconnue, Alexandra Leyre Mein.

Et l’on ne boudera pas son plaisir en compagnie des signatures de Jean Paul Goude ou Philippe Pasqua, de l’énorme dessin de Kiki Smith, de Kate Moss vue nue par Albert Watson, des impressions d’Annie Leibovitz

Féminité 0.1. Maison Particulière, centre d’art, rue du Châtelain, 49, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 17 décembre. Du je au sa de 11h à 18h.

www.maisonparticulière.be