Certaines thématiques de festival sont à double tranchant: destinées à mettre à l’avant-plan une catégorie méconnue, elles peuvent aussi confiner au gettho. Ainsi pourrait-il en être des "films de femmes", argument du festival "Elles tournent", qui se tiendra du 16 au 19 septembre, à Bruxelles.

Les réalisatrices sont-elles si peu visibles ? En Belgique, ont acquis une renommée internationale des Agnès Varda, Chantal Akerman, Marion Hänsel. La Mostra de Venise vient de décerner son Lion d’or à Sofia Coppola. En février dernier, l’Académie des Oscars portait aux nues Kathryn Bigelow et son "Hurt Locker" Mais, en 82 ans, la cinéaste était seulement la quatrième réalistraice à y être nommée. A l’échelle mondiale, on estime que 9 % des réalisateurs sont des femmes. L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes présentera au festival une étude sur la question. Et un documentaire - réalisé par un homme, Alexis Krasilovsky - dresse le portrait d’une série de "camerawomen", métier longtemps masculin.

Une autre Belge, Marie Mandy, dont le dernier film "Mes deux seins", sera présenté à "Elles tournent", interrogeait en 2001 la singularité du cinéma dans "Filmer le désir - Voyage à travers le cinéma des femmes". Des réalistrices y exprimaient comme origine de leur vocation une frustration de spectatrice : dans le cinéma fait par les hommes, le regard des femmes est absent. C’est ce regard que le festival suit dans des films récents, issus de quatre coins du monde et de toutes les cultures. Si les personnages centraux en sont souvent des femmes, les scénarios abordent des problématiques universelles - la place de l’individu dans la société, l’intégrisme religieux, la sexualité, la mort Preuve que le regard des réalisatrices dépasse largement une vision purement militante, la rétrospective consacrée à la cinéaste néerlandaise Marleen Gorris emmènera les spectateurs de l’URSS de Staline ("Within the Wirlwind", 2009) aux adaptations de Nabokov ("The Luzhin Defence", 2000) ou Virginia Woolf ("Mrs Dalloway", 1997).

Du 16 au 19 septembre, Au Botanique, Bruxelles. www.ellestournent.be