On a appris vendredi la mort, à 80 ans, de Guy Thys, l'entraîneur à succès des Diables Rouges, des suites d'un cancer. Dans les clubs qu'il avait dirigés, il n'avait jamais connu la gloire. Cet ancien joueur du Beerschot et du Standard (deux fois international) avait fait du bon boulot, pas du travail prestigieux.

Aussi, son nom n'avait-il guère été cité parmi les favoris quand, en 1976, il fallut choisir un successeur à Raymond Goethals. Celui-ci avait révolutionné le football et connu d'énormes succès, dont une troisième place au championnat d'Europe de 72. Il avait aussi fait régulièrement confiance à un noyau qui avait vieilli en même temps. On ne s'attendait donc pas à une période facile, et c'est pourquoi le comité exécutif choisit prioritairement un entraîneur capable d'encaisser les coups, bref, un «entraîneur de transition». Ses débuts furent délicats. Après la non-qualification pour la Coupe du monde 78 en Argentine, on ne donnait pas cher des chances belges pour l'Europeo 80 en Italie. Et c'est là qu'il provoqua un coup de tonnerre en se qualifiant pour la finale, après avoir éliminé, en phase finale, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie. Pour réussir son insensé pari italien, il avait pris un risque énorme, rappeler le vieux Wilfried Van Moer. Ce fut un succès total. Deux ans plus tard, en Espagne, il signa l'exploit le plus retentissant, en battant, lors du match d'ouverture, le champion du monde argentin. Pour la première fois de son histoire, la Belgique passait au 2e tour d'une phase finale de Coupe du monde.

La folie mexicaine

En 1984, Guy Thys dut aller à l'Euro français avec une équipe décapitée: ses Standardmen et ex- Standardmen (comme Gerets), pris dans l'affaire de corruption de Waterschei, n'entraient pas en ligne de compte. Thys sortit de sa manche deux jeunes joueurs inconnus sur le plan international: Enzo Scifo et Georges Grün. Et ce fut une démonstration, à Lens, contre la Yougoslavie qui était encore l'une des meilleures équipes du monde, avant l'effondrement face à la France, à Nantes.

Deux ans plus tard, l'équipe belge était au Mexique. C'est peu dire que la tension était intense, après les trois premiers matches de la phase finale. Des joueurs, et non des moindres comme Vandereycken et Vercauteren, étaient entrés en conflit. On se demandait à quelle sauce la Belgique allait être mangée, en huitième de finale, mais, à Leon, contre l'URSS, les Diables livrèrent un match historique, l'emportant par 4-3 après un suspense sans précédent. En deux temps et trois mouvements, Guy avait resoudé une équipe, et quelle équipe: elle alla en demi-finales, stoppée seulement par un inégalable Maradona. Trois cent mille supporters accueillirent Thys et ses Diables comme des dieux à leur retour à Bruxelles.

Guy Thys souhaitait passer la main, et l'Union belge choisit alors un jeune entraîneur qui avait été un bon Diable Rouge, Walter Meeuws, mais l'expérience tourna court: un grave différend avec Enzo Scifo provoqua le départ de Meeuws... et le retour, en catastrophe et en dépannage, de l'homme au cigare qui livra certainement, en 1990, en Italie, sa meilleure Coupe du monde. Mais hélas, en 8e de finale, à Bologne, il avait oublié sa patte de lapin: les Belges furent éliminés par l'Angleterre, sur un but assassin de Platt.

Guy Thys se fera incinérer ce jeudi à 12h15 à Wilrijk. La Belgique du football vient de perdre un de ses plus grands entraîneurs...

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