L’Italie sous Berlusconi avait déjà subi le poids des nominations politiques en culture. Mais ce n’était rien par rapport à ce qui se passe en Hongrie où le parti au pouvoir, le Fidesz de Viktor Orban (notre photo), place aussi ses pions sur la scène artistique. Les protestations en Hongrie et ailleurs n’y auront rien changé. Aurait-il fallu qu’un Ricardo Muti, comme il le fit à Milan envers Berlusconi, transforme un Nabucco de Verdi en tribune politique !

Ce mercredi, la nomination de György Dörner, un acteur proche de l’extrême droite, à la tête du Nouveau Théâtre (Uj) marquera d’une pierre noire la scène culturelle hongroise. Pourtant, le directeur précédent Istvan Marta devait être reconduit grâce à un vote 6 contre 2 au conseil d’administration, mais le maire de Budapest a opposé son veto et imposé Dörner accompagné, au départ, d’Istvan Csurka, 77 ans, un auteur néofasciste aux écrits antisémites. Devant le tollé de cette annonce, Istvan Csurka n’apparaît plus que dans l’ombre, mais la nomination de Dörner était bien confirmée. Il voudrait surtout y monter le répertoire hongrois, les grands classiques hongrois. Il pense à renommer le théâtre en "Théâtre de l’arrière-pays" en hommage, dit-il, à la Hongrie profonde. Il veut mettre en lumière "les vraies valeurs nationales" et lutter contre ce qu’il appelle "l’hégémonie libérale dégénérée et malade dans la culture" (en Hongrie, "libéral" est, dit-on, souvent synonyme de juif). On dit qu’Orban a choisi Dörner pour couper l’herbe sous les pieds de ses adversaires encore plus à droite, du Jobbik. La crise économique a poussé la Hongrie à se replier sur son passé. "Nous avons besoin d’une reconstruction civique autour des valeurs nationales", expliquait un historien proche du Premier ministre. L’ancien directeur a retrouvé une place au Théâtre de Pecs et une partie des cadres du Nouveau Théâtre a préféré partir pour ne pas cautionner un tel symbole.