Chassés depuis des décennies, les loups d'Estonie bénéficient à leur tour de l'adhésion de ce pays balte dans l'Union européenne puisque, rares maintenant, ils sont devenus une espèce protégée.

Avec ses nombreuses réserves offrant à ces animaux abris et nourriture, l'Estonie compte plus de loups que d'autres pays d'Europe. De plus, selon la saison, leur nombre s'agrandit car ils viennent de la Russie voisine, pays d'Europe à la plus grande population de ces mammifères.

Lors de ses négociations avec l'Union européenne, l'Estonie avait obtenu de pouvoir continuer, mais avec un quota, sa traditionnelle chasse aux loups, pourtant interdite dans les autres pays de l'UE.

En 1990, l'Estonie en comptait de 600 à 700 et la loi ne les protégeait pas. Les autorités versaient même des bonus pour chaque peau du loup et pendant des années, des brigades spéciales sillonnaient les forêts pour les éliminer.

En moyenne, 300 loups étaient tués par an, lors de chasses individuelles ou de battues.

L'an dernier, le nombre de loups a été évalué à une centaine et certains experts ont même estimé qu'ils n'étaient pas plus que 70 à 80 animaux, alors que l'Estonie s'était engagée auprès de Bruxelles à maintenir leur population autour de 100 à 150.

L'UE a alors fixé à 16 loups le quota de chasse en Estonie. John Kjaer, l'ambassadeur de l'UE à Tallinn, suit de près la situation, indiquant à l'AFP qu'il «attendait les nouveaux chiffres de population des loups».

Enn Vilbaste, directeur de la réserve naturelle de Nigula (sud) et Marko Kubarsepp, chercheur, sont convaincus que l'Estonie aura bientôt de nouveau plus d'une centaine de loups dont les petits naissent à la fin de l'hiver.

Selon eux, des erreurs ont été commises dans le passé, ce qui a entraîné cette baisse de population.

«La plus grave a été d'avoir laissé détruire leur structure. Les chasseurs visaient surtout les chefs de meutes», a expliqué Vilbaste. «Sans leurs chefs, les meutes se dispersent», a-t-il ajouté.

Il y a quelques années, dans sa réserve vivait une grande meute, aujourd'hui, il y en a deux petites et des loups solitaires.

«Les loups solitaires posent problèmes. Ils n'ont pas l'aide de la meute pour chasser le gibier. C'est pour cela qu'ils s'approchent des habitations humaines pour tuer les chiens et autres animaux domestiques», a-t-il précisé.

«Les jeunes ne participent pas à la chasse, ils observent les adultes et apprennent», a ajouté Kubarsepp qui observe le comportement de ces animaux.

«Quand on tue les loups adultes, les jeunes n'ont plus d'exemple à suivre pour apprendre l'art de la chasse, précise-t-il.

«Aujourd'hui, les loups devraient être sélectionnés et les chefs de meute épargnés. Mais les chasseurs préfèrent tirer sur ces derniers et laissent la meute orpheline».

Un loup solitaire a aussi du mal à trouver un compagnon et certains se reproduisent avec des chiens errants. Des croisements de chiens et loups ont été répertoriés dans le pays.

Selon Vilbast, les chiens solitaires causent plus de dommages aux animaux domestiques que les loups. Nul ne sait combien il y en a dans les forêts. Certainement plus que des loups.

« Ces derniers temps, moins de loups traversent la frontière russe où la pratique de l'empoisonnement est devenue courante», ajoute un responsable du ministère de l'Environnement Peep Mannil.

En principe, le quota de chasse imposé en décembre a déjà été épuisé. Mais personne ne peut empêcher les braconniers de tuer les loups, considérés depuis des siècles comme d'éternels ennemis.

«Changer les comportements des gens, cela prend du temps, la peur du loup est au fond de chacun», souligne Kubarsepp. (AFP)

© La Libre Belgique 2004