Porte magique, blasons maçonniques, Abraxas, rites initiatiques : Hugo Pratt, créateur de Corto Maltese et membre pendant vingt ans de la loge Hermès de Venise, a parsemé ses albums de références à la franc-maçonnerie. L’exposition "Corto Maltese et les secrets de l’initiation", qui se déroule jusqu’au 15 juillet au Musée de la franc-maçonnerie, à Paris, invite à décoder son œuvre sous cet angle.

Ce sera sans doute une surprise pour beaucoup de visiteurs de découvrir un Hugo Pratt frère, comme tant d’autres artistes avant lui, de Voltaire à Mozart, en passant par David, Goethe, Kipling ou Casanova. L’exposition présente des planches originales de plusieurs albums, dont le plus maçonnique, "Fable de Venise", des aquarelles, mais aussi le cordon maçonnique d’Hugo Pratt et deux de ses tabliers maçonniques, dont celui du grade de Maître secret orné d’un "Z", initiale d’un mot hébreu. S’y retrouvent également deux masques africains proches de ceux qui l’ont inspiré pour "Les Ethiopiques" ou encore un pectoral de Nouvelle-Guinée.

Le public pourra aussi admirer une épée maçonnique dite "flamboyante", chargée d’histoire. Le 19 novembre 1976, raconte Pierre Mollier, responsable du Musée, au cours d’une visite de l’exposition, les membres de la loge Hermès de Venise ont la surprise de voir le frère apprenti Hugo Pratt apporter une épée à la lame ondoyante, l’un des symboles disposés sur le plateau du Vénérable Maître. Comment s’est-elle retrouvée entre les mains de ce tout nouvel initié ? En fait, le frère Pratt ramenait l’épée dérobée par son fasciste de père, pendant le sac de la loge de Venise par les milices de Mussolini en 1924 ! En 1976, en Italie, il fallait du courage pour rejoindre la franc-maçonnerie, objet d’une virulente campagne "alimentée par le scandale de la pseudo loge P2", note Luigi Danesin, ancien Grand Commandeur du Suprême Conseil d’Italie, représenté dans "Fable de Venise".

Né en 1927 en Italie et mort en Suisse en 1995, Hugo Pratt n’avait jamais "avoué" être franc-maçon. "Il me laissa le dire quand je l’interrogeai dans les années 1987-1991 pour deux livres d’entretiens, mais sans répondre explicitement à ma question", souligne l’un de ses biographes, Dominique Petitfaux. C’est son ami Luigi Danesin qui vendit la mèche en 1998 dans la revue maçonnique italienne Officinae. "Toute l’œuvre de Pratt fourmille de références littéraires, artistiques, cinématographiques, historiques et maçonniques", relève Guy Arcizet, Grand Maître du Grand Orient de France, première obédience maçonnique française. (AFP)