ISAÏE DISENHAUS S'EST ÉTEINT dimanche en fin d'après-midi à la clinique Saint-Jean, à Bruxelles. Il avait 82 ans. Les souvenirs de ceux qui l'ont connu évoquent immanquablement la voix de l'homme de radio, même si d'autres hauts faits balisent sa carrière et sa vie; une voix chaleureuse, bien timbrée, intimidante dans sa façon d'énoncer l'extraordinaire sans se départir d'une aristocratique réserve, mais laissant parfois poindre la plus vive émotion.

On se souvient de ses reportages à chaud des épreuves du concours Reine-Elisabeth, mêlant une connaissance prodigieuse du répertoire, l'oreille la plus fine et l'ouverture du coeur.

Dans ses interviews, il allait droit au but, sans la moindre complaisance mondaine et son érudition légendaire lui permettait toutes les improvisations...

Tania Rochlenko confiait récemment à Philippe Dewolf que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, Isaïe Disenhaus gagnait sa vie en jouant au piano dans des boîtes de nuit bruxelloises au nez et à la barbe des nazis. Et Dewolf lui-même garde en mémoire qu'autour du début des années 50, il signa des articles de la meilleure veine dans le «Journal des Beaux-Arts».

Au cours de ces mêmes années 50, il tenta sa chance comme chef d'orchestre aux Etats-Unis. Il revint en Belgique où il fut engagé comme producteur sur les antennes du 3e programme vers 1975 (à l'initiative de Jean Mogin). Il y animera notamment «Le quotidien de la musique» avec Jean Ferrard et les retransmissions du Reine Elisabeth. A l'époque où la RTBF disposait encore d'un orchestre, il lui arriva de le diriger en formation de chambre -on lui doit la direction de l'enregistrement de «La Bernardina» adaptée par André Souris, qui servit de générique au 3e programme. Il fut également professeur à l'Insas (réalisation radio).

Isaïe Diesenhaus s'était retiré de la vie professionnelle sur la pointe des pieds, à la fin des années 90, pour être aux côtés de son épouse Janine, elle-même artiste et chanteuse, gravement malade à l'époque. Il avait encore le projet d'écrire une biographie au sujet d'Arthur Grumiaux dont les interprétations en duo avec Clara Haskil le comblaient de bonheur.

Ce mardi entre 14h30 et 15h, Philippe Dewolf lui rendra un hommage au cours duquel on l'entendra en interview avec Esther Lamandier (à propos des «chansons de toile»), Pierre-Alain Volondat (un mémorable quiproquo), et au sujet d'Arthur Grumiaux.

© La Libre Belgique 2006