La grande helléniste Jacqueline Worms de Romilly, décédée samedi à l’âge de 97 ans, incarnait l’enseignement des études grecques classiques en France et une conception exigeante et humaniste de la culture. Académicienne, Jacqueline de Romilly a écrit une œuvre considérable sur cette Athènes du Ve siècle (d’avant J.-C.) d’où "tout est sorti brusquement" : la philosophie, l’histoire, la tragédie, la comédie, les sophistes. "Emerveillée" par cette époque, elle a ainsi beaucoup travaillé sur l’historien Thucydide (un des "hommes de ma vie", disait-elle), Homère, Eschyle ou Euripide. On lui doit également un livre sur la Provence, un roman et quatre volumes de nouvelles. Ceux qui ont rencontré cette petite dame pétillante aux yeux bleus et cheveux blancs constataient que le grec la rendait heureuse. Jacqueline David est née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir). Son père, juif, normalien philosophe, est tué au front quand elle a un an. Sa mère, romancière, l’élève. Elle rencontre un homme "aux trois quarts juif" dont elle divorcera. Sa famille s’appelle Worms et possède "Le Petit Echo de la mode". "Au moment de la Révolution française, dira l’helléniste, les Worms avaient acheté le château de Romilly, ajouté froidement "de Romilly" et s’étaient appelés "Worms de Romilly". Elle est tour à tour la première lauréate au concours général, puis la première normalienne intégrant la rue d’Ulm, la première femme, en 1973, professeur au Collège de France. Elle ne fut toutefois que la deuxième, en 1989, après Marguerite Yourcenar, à siéger à l’Académie française, après avoir enregistré un premier échec. (AFP)