Entretien. Sékou Diarra est président de la CAD-Mali (la coalition des alternatives africaines, dette et développement), à l’initiative du "Forum des peuples" qui s’est tenu du 31 octobre au 3 novembre à Niono. Un contre-G20 africain où la question de l’accaparement des terres était centrale.

Beaucoup d’investisseurs étrangers s’intéressent aux terres agricoles du Mali depuis 2004. La tendance s’est-elle poursuivie ?

Oui. De plus en plus de paysans sont victimes d’une véritable dépossession de leurs terres. La situation n’est pas propre au Mali, mais concerne tout le continent africain. Selon la Banque mondiale, 60 millions d’hectares sont en train d’être cédés à des investisseurs étrangers, des États ou des multinationales, par la voie de baux d’une durée pouvant atteindre jusqu’à 99 ans.

Vous dénoncez "ce qui se cache derrière les contrats". De quoi s’agit-il ?

Malheureusement, ces contrats sont très rarement négociés de façon transparente avec les ruraux, qui sont les premières victimes. Ils sont très flous et ne comprennent pas les prix de location, les contreparties (construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, etc.) ou les compensations. C’est inacceptable. Car ici, sans terre, un paysan n’est rien !

Quelles solutions proposer ?

La réponse ne doit pas être entre les mains des industries agroalimentaires ou de ceux qui investissent dans les agrocarburants. Pour sortir de l’insécurité alimentaire, il faut mettre le paysan dans son rôle, car c’est à lui que revient la tâche de nous nourrir. Pour cela, il faut sortir de la logique du désinvestissement des agricultures paysannes et les revaloriser. Avec des politiques publiques de soutien fortes comme fers de lance.

Gautier Demouveaux, au Mali