Le 29 mai dernier, quelques dizaines de militants anti-OGM détruisaient un champ expérimental de pommes de terre à Wetteren à l’appel du Field Liberation Movement. Un champ, appartenant à un centre de recherche affilié à l’Université de Gand, et une action que les autorités académiques ont vivement condamnée, annonçant même des poursuites judiciaires contre les manifestants.

Parmi eux ce jour-là, se trouvait une chercheuse au département d’urbanisme de la KUL, Barbara Van Dyck. Lorsqu’elle a appris sa participation à cette action, l’université n’a pas hésité à la licencier sur le champ, estimant qu’il s’agissait "d’une attaque inacceptable contre la liberté et l’indépendance de la recherche scientifique". La jeune fille est encore stupéfaite de cette réaction. "Je ne m’attendais absolument pas à une telle décision" explique-t-elle. "Je suppose que cela veut dire qu’on a touché à un sujet très sensible."

La jeune fille, indique avoir participé à cette action dans le but d’amener le débat autour d’une question de société importante qui lui tient particulièrement à cœur. "Le problème des OGM est un problème important qui s’inscrit plus largement dans celui de l’avenir de l’agriculture en général" , dit-elle. "On fait face à une profonde transformation de notre système agricole, avec une privatisation progressive des semences qui rend de plus en plus compliqué, voire impossible, le développement d’une agriculture de type paysanne".

Pour elle, les OGM sont un aspect de ce processus de privatisation des semences. Un processus qu’elle entendait dénoncer le 29 mai dernier, et dont elle était loin de se douter des conséquences sur sa carrière professionnelle.

Les autorités académiques ont réagi de la sorte parce que le champ incriminé appartenait à une université. "C’était un champ d’essai. Mais ces essais ne sont qu’une étape préalable à la commercialisation des semences OGM" poursuit Barbara Van Dyck. "On passe par la recherche scientifique pour mettre les OGM sur le marché. C’est une des conséquences du financement privé de la recherche. Les universités ont aussi besoin de financements privés mais il faut se poser la question des conséquences que ces financements peuvent avoir."

Pour Barbara Van Dyck, les OGM répondent à un besoin d’intérêts privés qui ne sont pas profitables à l’ensemble de la société. "On assiste à de profondes transformations sociales. Il faut se poser la question de savoir à qui elles profitent" dit-elle. D’autant que les essais en question ont lieu en plein air et que le risque de contamination de l’environnement par les semences OGM de Wetteren existe, dit-elle encore.

Comme d’autres activistes ayant participé à l’action, Barbara Van Dyck fait face à des poursuites judiciaires. Elle a, de plus, perdu son boulot de chercheuse qu’elle adorait. "Je regrette beaucoup d’avoir été licenciée mais je ne regrette pas d’avoir participé à l’action", conclut-elle.

"Je pense qu’il est très important qu’un débat de société ait lieu autour de la question des OGM et qu’on ne se réfugie pas derrière l’argument de la liberté de recherche scientifique pour éviter d’en parler."