C’EST LEUR HISTOIRE

L

a Rose de Jéricho est une plante particulière. Extraordinaire même puisque, privée d’eau des années durant dans le désert, complètement desséchée et laissée pour morte, elle se contente de quelques gouttes pour renaître à la vie et fleurir à nouveau. Pour cette raison, elle est aussi appelée plante de la résurrection. Dans de nombreux pays d’Afrique, on la dépose au chevet des parturientes pour les protéger et favoriser l’accouchement.

Il était difficile de trouver plus bel emblème que la Rose de Jéricho pour le home créé il y a deux ans à Kinshasa par l’ASBL Fistul Aid (lire ci-contre). Fondée en 2006 à l’initiative du Dr Emile De Backer, chirurgien urologue, devenu émérite, cette association est chargée de récolter les fonds nécessaires pour guérir les femmes victimes de fistules obstétricales ou consécutives à des violences sexuelles. Des femmes qui, arrivées dans un état pitoyable à la Fistula Clinic de Kinshasa, en ressortent comme revenues à la vie

Leur histoire est à la fois triste et pleine d’espoir. Ainsi celle de Madeleine qui débarque un jour comme un autre, accompagnée de sa maman, à l’hôpital Saint-Joseph de Kinshasa. Peu de temps après son mariage, à l’âge de 15 ans, la jeune fille se retrouve enceinte. Dans la case de son petit village du Bas-Congo, l’accouchement se déclenche. Se prolonge et se complique. Après deux jours de travail et de souffrance, sa maman se résout à appeler une sage-femme. En vain. Transportée vers un dispensaire rural, Madeleine ne peut être aidée par l’infirmier. A ce moment-là, "déjà le fœtus ne vit plus, raconte le Dr De Backer. Et, au bout du quatrième jour, c’est un enfant mort-né qui est expulsé. Certes, elle-même a survécu, mais elle ne tardera pas à constater qu’elle n’est plus à même de retenir ni urine, ni selles. Son mari l’abandonne. Seule la mère s’occupe de cette "gamine", dont le corps à présent dégage une odeur nauséabonde. La voilà reléguée dans une petite case, repoussée de tous. Si rien ne survient, elle est condamnée à vivre en paria".

Car elle est devenue "fistuleuse".

"Navrante, cette histoire n’est que trop classique", constate le chirurgien urologue, volontaire de "Médecins sans vacances" et secrétaire de Fistul Aid, qui s’est donné pour mission de réaliser gratuitement ces délicates interventions et ainsi sauver ces jeunes femmes.

"Car les fistuleuses guéries renaissent à la vie, commente encore le médecin, aujourd’hui âgé de 78 ans et toujours passionné par cette action. Elles récupèrent le parfum des femmes et peuvent connaître le bonheur d’être maman à nouveau, à condition de revenir à l’hôpital pour accoucher, et le plus souvent par césarienne. Autant il aura été impossible de se sentir bouleversé par leur détresse, autant on ne peut être qu’ému et ébloui par la joie et le sourire qui accompagnent leur guérison".

Quand on sait que, pour guérir une fistuleuse, il faut compter en moyenne 150 euros, tous frais compris, même l’hospitalisation, on se dit que le montant peut paraître bien dérisoire, pour nous du moins. Car en République démocratique du Congo, cela correspond à cinq mois de salaire pour une infirmière. "Sans doute l’Afrique connaît-elle beaucoup d’autres problèmes de santé, tel le sida. C’est si vrai que notre action semble parfois n’être qu’une goutte d’eau dans l’océan, poursuit le médecin. Mais, comme me le disait un ami africain, cette goutte, pour celle qui en bénéficie, est un océan. Car cette goutte d’eau suffit à faire renaître une femme, comme elle fait revivre la Rose de Jéricho".

Rens. : ASBL Fistul Aid, 114, av. Winston Churchill, 1180 Bruxelles. Tél. : 02/343 53 75. Site : www.fistulaid.org