Ce n’est pas un conte de Noël, mais ce pourrait être le scénario d’un film de Claude Lelouch. Une bande de copains polytechniciens se retrouvent trente ans après et investissent ensemble dans un théâtre et un restaurant à Marcinelle. Nouveau lieu ouvert en septembre dernier, La Ruche, cinéma paroissial datant des années 1920, a été entièrement rénové. Il abrite désormais deux salles de spectacle en ordre de marche (320 et 91 places), un espace bar et petite restauration qui accueille des concerts de jazz, et une maison de bouche située à front de rue.

Amoureux du théâtre depuis toujours, monté pour la première fois sur les planches comme comédien amateur à 40 ans, Thierry Piron s’est découvert l’âme d’un chef de troupe. N’est-il pas parvenu à entraîner tout son monde dans sa folie ? Ingénieur civil de son état, fondateur et administrateur délégué d’un bureau d’études en construction et d’une société d’application de techniques novatrices, l’homme a la modestie tranquille des rêveurs qui passent à l’acte.

"J’ai découvert le plaisir de jouer en participant à un spectacle totalement amateur monté pour les œuvres d’un service club de Charleroi. J’y ai tellement pris goût que j’ai suivi des cours - auprès de Danielle Fire, notamment - avant de rejoindre une troupe amateur, Comedia 77. Au fond, c’est la difficulté de trouver des lieux pour présenter nos productions qui m’a donné l’idée de reprendre La Ruche : le bâtiment était à vendre et j’ai pu réunir les fonds pour l’acquérir, le rénover, l’aménager et l’équiper."

Ce vaisseau tout en longueur (cent mètres) est bien connu des habitants de Marcinelle. Construit par l’ASBL "Patrie, Foi, Science" dans les années vingt pour abriter une salle paroissiale (juste en face de l’église romane, aujourd’hui classée), le lieu a successivement servi de cinéma, de théâtre, de bibliothèque, de crèche. On y donnait chaque année la Passion du Christ et aussi des opérettes. Dans les années 70, il servit de local pour les scouts qui y organisèrent des concerts de rock. "Il avaient le nez fin, se souvient Thierry Piron. Je suis venu y écouter les Scorpions, Rory Gallagher, le groupe Ange, etc."

Le bâtiment appartient à une société immobilière distincte de l’asbl qui en organise l’exploitation (spectacles et restauration), même si on retrouve les mêmes personnes dans les deux. Mis à part une petite aide de la commune de Marcinelle pour la communication (elle a financé la réalisation de la grande toile qui orne la façade), La Ruche ne dispose encore d’aucune subvention. Des dossiers ont été introduits auprès de différents niveaux de pouvoirs publics.

"Une ruche, il faut que ça bourdonne !" affirme Thierry Piron en commentant la programmation aussi abondante qu’éclectique de cette première saison. "Mais c’est vrai qu’on en fera sans doute un peu moins l’année prochaine " Pas moins de vingt-cinq titres différents composent l’affiche, sans compter les rendez-vous jazz mensuels des Lundis d’Hortense et les concerts organisés par Charleroi Chansons dont les bureaux se sont nichés dans La Ruche.

Outre les accueils de spectacles professionnels (le "Cabaretje" de Claude Semal, "Liberté, égalité, sexualité" de Sam Touzani, Fellag dans "Djurdjurassique Bled", "Emma" et "Le Purgatoire" de Dominique Breda, etc.), La Ruche propose des productions propres et accueille d’autres troupes d’amateurs.

Aurélie Machelart, jeune comédienne à peine sortie du Conservatoire de Mons, y a proposé son adaptation du "Choix de Sophie" de William Styron, joue actuellement dans "La Revue" produite par La Ruche et donnera un texte de sa main, "Songe d’une nuit d’hiver". Des étoiles plein les yeux, Aurélie confie : "J’habite tout à côté, je connais cet endroit depuis que je suis toute petite. J’ai vu le chantier et je suis venue montrer mes projets. Ils ont accepté et ça se passe comme dans un rêve "

La Ruche, 1 avenue Marius Meurée, Marcinelle. Jusqu’au 10 janvier : "La Revue". Infos & rés.: 071.51.51.21, www.la ruchetheatre.be