Après sept années passées au Tibet et 86 autres ailleurs, l'alpiniste autrichien Heinrich Harrer est décédé samedi dans le sud de l'Autriche. Si l'homme avait multiplié les missions d'exploration aux quatre coins du monde, il devait sa notoriété à un incroyable concours de circonstances qui fit de lui l'insolite précepteur du Dalaï Lama de 1944 à 1951.

Portés à l'écran par Jean-Jacques Annaud en 1997 avec Brad Pitt dans la peau de l'aventurier, ces «Sept ans au Tibet», titre d'un livre mythique publié en 1952, demeurent un témoignage irremplaçable sur l'aristocratie, les traditions culturelles et la vie quotidienne à Lhassa avant l'invasion chinoise.

Avec trois compatriotes, Harrer s'était distingué, le 24 juillet 1938, en réussissant la première ascension du mont Eiger par sa face nord, un sommet de 3970 mètres dans les Alpes bernoises. L'exploit lui vaudra les félicitations du Führer. Et, à en croire des révélations récentes, l'attention de la haute hiérarchie du Reich, qui s'intéresse alors à l'éventuelle filiation des Tibétains avec la race aryenne - la swastika bouddhiste n'est-elle pas devenue la croix gammée?

Engagé dans l'armée allemande, l'alpiniste chevronné que double un patriote dévoué, sinon un nazi convaincu, est chargé en 1939 d'une expédition dans l'Himalaya qui tourne mal. Arrêté par les Britanniques, Harrer est interné. Il parvient, toutefois, à s'en échapper et traverse un Tibet alors interdit aux étrangers pour parvenir à Lhassa, en 1944, au terme d'une folle odyssée.

Contre toute attente, Heinrich Harrer gagne la confiance et bientôt l'amitié d'un Dalaï Lama qui n'a pas dix ans mais est avide de découvrir les merveilles d'une civilisation occidentale totalement inconnue. L'alpiniste s'y emploie. Le triomphe de Mao en Chine et l'arrivée de l'Armée populaire de libération à Lhassa en 1950 auront tôt fait de chasser Harrer du Tibet.

Il s'emploiera alors à raconter ses aventures avant de remonter des expéditions sur le Toit du Monde, au Ladakh, au Sikkim ou au Bhoutan. Il retournera clandestinement au Tibet en 1982. Il le racontera dans «Retour au Tibet», paru en français, comme «Sept ans au Tibet», chez Arthaud.

© La Libre Belgique 2006