Le silence règne parmi les usagers du métro londonien. Tous ou presque sont aux prises avec un nouveau jeu qui fait rage en Grande-Bretagne: le Sudoku, sorte de «mots croisés» basés uniquement sur des chiffres.

Depuis une semaine, les journaux rivalisent pour proposer à leurs lecteurs de nouvelles grilles, «débutants», «moyens» ou «confirmés».

Même la BBC s'y est mise, qui propose à la radio ses propres combinaisons et on peut également désormais jouer sur son téléphone portable.

«Son intelligence est dans sa simplicité», explique Mike Harvey, responsable de la rubrique au quotidien «Times», qui a le premier introduit le Sudoku en Grande-Bretagne en novembre dernier.

«C'est le seul jeu de patience que je connaisse dont les règles sont si simples et faciles à comprendre, mais dont la solution peut être aussi compliquée», poursuit-il.

«Aussitôt que nous l'avons lancé, nous avons pensé que ce serait un succès, mais nous sommes impressionnés par la taille de ce succès», ajoute-t-il.

Au Sudoku, qui signifie «chiffre unique», le joueur doit compléter une grille de 9 sur 9 (81 cases) avec des chiffres allant de 1 à 9 de telle manière qu'aucun n'apparaisse deux fois dans aucune des 9 lignes ou colonnes.

Pour compliquer les choses, la grille est aussi partagée en neuf carrés de trois cases sur trois, et chacun de ces carrés doit contenir les chiffres de un à neuf.

«Cela semble être une de ces choses que nos lecteurs ont réellement prise à coeur», affirme Derek Brown, du quotidien le «Sun», le journal le plus vendu en Grande-Bretagne, qui a lancé son «Sun Doku» mardi dernier. «C'est une de ces choses faciles à apprendre mais difficiles à maîtriser», poursuit-il.

«Si vous vous trompez, c'est vraiment très agaçant», explique Nicholas Webb, 28 ans, un avocat londonien, devenu un adepte du jeu depuis son apparition dans le «Times». «Mais vous ressentez un grand sentiment de satisfaction lorsque vous en finissez un», ajoute-t-il.

En dépit de son nom japonais, le concept originel du jeu, le Carré latin, a été inventé au XVIIIe siècle, en Europe, par un mathématicien suisse, Leonhard Euler.

Sa version moderne, différente en raison de sa subdivision en neuf carrés de neuf cases, a été découverte au début des années 80 dans un magazine américain par la maison d'édition japonaise Nikoli qui l'a alors importée au Japon.

Et il s'est répandu de par le monde lorsque Wayne Gould, un juge retraité de Hong Kong, amateur de jeux de patience, a décidé en 1997, après avoir acheté au Japon un livre consacré au jeu, d'écrire un programme informatique générant des grilles de Sudoku. Il a commencé l'an dernier à les transmettre à des journaux.

«C'est une détente bienvenue face à tous ces jeux basés sur les mots que l'on trouve partout dans les journaux», a expliqué par téléphone à l'AFP M. Gould, originaire de Nouvelle-Zélande. «Et ce n'est pas un jeu mathématique non plus, même si cela y ressemble.» «C'est un jeu de logique et il y en a très peu qui testent la logique, qui est quelque chose que nous devrions utiliser chaque jour», a-t-il ajouté.

M. Gould, âgé de 59 ans, qui possède son site Internet consacré au jeu (www.sudoku.com), crée des centaines de grilles chaque jour, qu'il transmet à au moins une douzaine de journaux en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, mais aussi en Slovaquie et en Croatie. Selon lui, de nouvelles demandes lui arrivent tous les jours. (AFP)

© La Libre Belgique 2005