Avoir la chance de retrouver une telle pointure de l'art international à deux pas de chez soi n'est certainement pas banal. Catherine de Braekeleer, la directrice du Centre de la gravure et de l'image imprimée l'a bien compris quand, enthousiasmée par cette exposition qu'elle avait pu voir au musée des Beaux-Arts de Caen, elle n'a plus eu qu'une idée : la déplacer en Hainaut. Chose faite et bien faite, puisque non contente d'être arrivée à ses fins, elle lui a confié une nouvelle vie en en redistribuant les cartes selon un parcours inédit. Et que dire, le nez sur ces excellents travaux, sinon que voilà une démonstration riche à tous points de vue. Au point de vue technique, puisque l'artiste américain de 73 ans fait partie de la race des découvreurs, des arpenteurs d'infini, pour qui tout est expérience, audace et solution. Quitte, comme il le fait, à graver le bois à la tronçonneuse. Quitte aussi à se servir de plusieurs plaques pour brouiller les pistes et la vue comme, par exemple, dans son impressionnante série de 55 autoportraits de 1995.

Plaisir des mains

"Mon plaisir, confiait Jim Dine à Caroline Joubert, est de faire des choses avec mes mains. J'utilise mes mains pour faire des estampes, pour tailler le bois, ou pour graver le métal; c'est la même chose que peindre ou dessiner. Je suis né pour faire des estampes. Je peux penser à l'envers." Et s'il est né pour cela, il est né aussi pour la peinture et la sculpture, pour les performances, la poésie et la photographie. Homme à tout faire, à tout créer pourrait-on dire, Jim Dine nous vient de Cincinnati dans l'Ohio, où il est né en 1935. Ses happenings des années cinquante l'ont rendu célèbre, de même que ses assemblages pour des tableaux emplis d'un peu de tout et surtout d'un quotidien qu'il traquait en Pop au four et au moulin avec la banalité des jours. Plus tard, fidèle à une imagerie récurrente qu'il aura faite sienne avec constance - le coeur, le corbeau, le peignoir, Pinocchio, la Vénus -, Dine se sera donné ces sortes de cartes de visite répétées d'oeuvre en oeuvre sans doute, mais répétées dans l'originalité de nouvelles appropriations de cette même imagerie. L'exposition de La Louvière en témoigne, dès lors que le premier impact que l'on en retient est cette force immanente issue de ses gravures monumentales. Car Dime ne joue pas petit, il aime la démesure et celle-ci le lui rend bien. Qu'il soit un amoureux de l'estampe, qui en douterait ! Il est allé jusqu'à graver sur le feutre.

Les 150 pièces rassemblées proviennent toutes de la collection personnelle de l'artiste ou alors de celle de son éditeur new-yorkais. Astucieusement disposé selon une suite de cycles, le parcours bénéficie, comme toujours ici, d'explications idoines, lesquelles se retrouvent aussi dans les feuillets - en trois langues : français, néerlandais, anglais - offerts aux visiteurs. De quoi savourer mieux encore ce que l'on regarde. En bas, l'invitation est aussitôt majestueuse, puissante : grandes feuilles en noir et blanc, fantasmagoriques, macabres ou obsessionnelles. Avec ses variations sur Pinocchio, auquel Dine s'identifie volontiers. A l'étage, du coeur à l'arbre, de l'autoportrait aux fleurs du temps qui passe, du crâne au peignoir, tout l'univers de Dine s'éclate et se diffuse. Le rythme dans l'image, par l'image, avec l'image : tout Jim Dine.

Images numériques

Au second étage, les meilleurs travaux - sur 250 envois - de la troisième édition du concours des images numériques. Place à la jeunesse, à l'Abri rêvé, au droit au logement. Steve Rutten, premier prix des 15-19 ans, et Ronan Deriez, premier prix des 20-25 ans, ont émergé d'un lot de candidats soucieux de combiner texte et image.

Centre de la Gravure, 10 rue des Amours, La Louvière. Jusqu'au 6 avril, du mardi au dimanche, de 11 à 18h (sauf 2 et 28 mars). Infos : 064.27.87.27 et Web www.centredelagravure.be