Au lendemain de l’annonce par l’Espagne d’une nouvelle série de mesures d’austérité, une audition de la sous-commission "droits de l’homme" au Parlement européen offrait jeudi une perspective bien différente sur la crise financière et les plans de sauvetage européens. Au menu de la réunion, la préparation d’un rapport sur "l’impact de la crise économique et financière sur les droits de l’homme", particulièrement les droits des plus pauvres.

"Les pays les moins développés sont actuellement confrontés à une grande injustice , a constaté Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’Onu pour le droit à l’alimentation. Ce sont eux qui subissent les répercussions de la crise des pays riches, alors même que leurs populations sont les plus vulnérables. " Avec 50 % de leur PIB tiré des exportations, les revenus de ces pays ont considérablement chuté avec l’affaiblissement de la demande à l’import des pays de l’OCDE. Les Etats les plus riches sont aussi moins disponibles pour financer, via les investissements directs, le développement de ces pays. Dans le même temps, le fardeau de la dette ne cesse de s’alourdir pour ces derniers, rappelle Olivier De Schutter - de 2 600 milliards d’euros en 2003, elle est passée à 5 400 milliards en 2010. Quant à l’aide officielle au développement pourvue par les pays riches, que l’Onu exige de voir fixée à un taux minimum de 0,7 % du PIB, "elle peine à dépasser 0,33 % pour la moyenne des Etats de l’UE" , complète l’eurodéputé et rapporteur de l’"Agenda for Change", Charles Goerens.

Les conséquences sont rudes pour "le droit au travail, à la santé, à l’éducation et même à une vie décente" , énumère Ignacio Saiz, directeur du Centre pour les droits économiques et sociaux (CESR). Selon la Banque mondiale, 350 000 enfants ne pourront pas aller à l’école en 2015 à cause de cette crise. Et 400 000 autres mourront avant d’avoir atteint l’âge de 5 ans.

"Certaines mesures d’austérité menacent littéralement les droits humains, particulièrement ceux des enfants, des femmes et des migrants. Les prendre en compte dans la gestion de cette crise devrait être une priorité" , selon l’Espagnol, qui voit aussi d’un mauvais œil l’abandon par de nombreux pays des politiques d’Etat providence.

Pour Olivier de Schutter, les membres de l’OCDE doivent en priorité instaurer une taxe sur les transactions financières - approuvée sur le principe par le Parlement européen en mai - et soutenir les pays en développement dans leur mise en place de systèmes de protection sociale. Pour cela, le rapporteur de l’Onu travaille à la définition d’ "un mécanisme de réassurance mondiale" , qui pourrait figurer dans les propositions du texte final - lequel devrait être voté par les eurodéputés en mars 2013.