L’affluence à la Foire du livre ce jeudi invitait à penser que les femmes, qui en sont les sujets et invitées, ont assez d’influence pour passionner les foules. Du côté des débats autour de la chose féminine, néanmoins, on rencontrait un public en majorité fait de femmes ! O surprise.

Si Ingrid Betancourt, lors de sa conférence sur l’écriture comme thérapie, avait réuni un public pluriel, tous âges et sexes confondus, le débat sur la confrontation entre écriture féminine et féministe semblait ne pas concerner les hommes. Erreur. L’une des intervenantes y précisait que si la majorité des adeptes de littérature sont des femmes, c’est en réponse à une presse généraliste qui, dans sa grande majorité, est faite par des hommes. Le récent rapport 2010 sur le monitoring des médias (GMMP) met en évidence que les femmes dans la presse francophone ne représentent que 28 % des personnes interrogées, vues ou lues, un chiffre revu à la baisse dans les sujets à fort pouvoir d’influence tels que la politique et l’économie. Face à cela, on comprend pourquoi tout un genre d’écriture sexué s’est développé, du maga féminin à la revue féministe, genre à l’étude au cours d’un débat confrontant les médias de la presse féminine institutionnalisée ("Femmes d’aujourd’hui", "Elle") et les revues à tendance féministe ("Causette", "Axelle", "Scum Grrls", "Chronique féministe").

Si les magas féminins traditionnels souhaitaient préciser, au cours de la rencontre, qu’ils traitaient de vrais sujets associés à la cause des femmes mais aussi de sujets ludiques, les médias plus militants affirmaient que la presse destinée aux femmes devrait cesser d’être tournée presque exclusivement vers le divertissement. Valérie Lootvoet, présidente de l’Université des femmes, expliquait à ce sujet que les recherches menées sur les contenus de la presse féminine concluaient qu’elle était particulièrement injonctive. Rien de surprenant, mais le pavé est dans la mare. Comment être une bonne mère, rester femme, assurer dans sa vie pro et manger dix fruits et légumes par jour, chevaux de bataille de la presse féminine qui contribuent à dessiner une image de la femme réductrice et sexiste. Demande-t-on cela à ceux d’en face ?

"Est-il besoin de préciser que les femmes s’intéressent à tout" et pas seulement au maquillage et aux régimes ? rappelait la rédactrice en chef de "Causette" Bérangère Portalier. D’autant que 75 % des femmes sont déprimées après avoir lu un maga féminin, rappelait Isabelle Desobry d’"Axelle" : les lectrices se rendent compte qu’elles n’ont pas le corps, l’âge ni le vestiaire parfait. Et ça fait mal.

En parallèle se posait, de manière cruciale, la problématique des annonceurs publicitaires ­- qui appuient le discours normatif (idéal de beauté et de minceur) de la presse féminine. Béa Ercolini, rédactrice en chef de "Elle Belgique" mettait quant à elle sur la table la question d’une possible presse asexuée. En conclusion, Bérangère Portalier invitait à repenser globalement les hiérarchies des sujets traités dans la presse généraliste et le ton qui y est employé, plus souvent qu’à son tour péremptoire et dominateur.

Le programme des conférences sur www.flb.be