scènes

C’est un trio de femmes - ce n’est pas un hasard - qui vient nous dire avec force tout l’humain qui se cache derrière les faits divers. Un trio qui vient déchirer, sans cris, mais sans peurs, les faux-semblants des discours des puissants. Un trio qui brise les ambiguïtés des médias et montre la souffrance humaine qui peut se dissimuler derrière les mots.

Pour "Protocole de relance", l’écrivaine Nicole Malinconi, l’actrice Nicole Colchat et la metteuse en scène Myriam Saduis ont pu mêler à la force du projet la beauté plastique.

Nicole Malinconi est un de nos grands auteurs, prix Rossel. Ses livres mettent des mots sur ce qui se passe dans nos hôpitaux, nos écoles ou nos entreprises. Ils ont le don de nous amener à voir à nouveau les injustices et les souffrances des hommes et des femmes. Elle le fait en écrivaine. "L’écriture de Malinconi, sans concession ni sentimentalisme aucun, est une écriture de combat, précise, sans fioritures, habitée par l’insomnie", dit Myriam Saduis.

Nicole Colchat a eu l’envie de jouer cinq courts récits tirés du livre de Malinconi, "Si ce n’est plus un homme" où elle part d’informations qui ont fait l’actualité pour montrer comment l’homme peut devenir un simple numéro. "Comment un humain vivant peut-il en regarder un autre en le considérant comme un spécimen ?" "Maintenant on ne dit plus Se tuer au travail, on le fait."

Et c’est Nicole Colchat qui a fait appel à Myriam Saduis dont on avait tant aimé l’adaptation de "La Mouette" de Tchekhov : "La Nostalgie de l’avenir".

Les cinq textes dits par Nicole Colchat parlent des réfugiés de Sangate qui tentent de passer la Manche, des sites Internet où on trouve des mères porteuses ou donneuses d’ovocytes. Ils parlent des 1 600 employés menacés de licenciement chez Carrefour et de l’usine Foxconn à Shenzen, "l’atelier du monde" où 30000 petites mains fabriquent nos gadgets technologiques. Là, le taux de suicide est tel qu’on a dû placer des filets devant les fenêtres pour éviter les gestes désespérés. Nicole Malinconi évoque aussi les expos obscènes du docteur von Hagens et ses corps humains plastinés.

Il n’y a pas de jugements, pas de révolte, juste l’humain, juste les mots qui disent l’absurdité, la souffrance, portés par la belle mise en scène de Myriam Saduis, qui joue avec un grand drap nappe, nomme les spectateurs, ou efface les mots projetés. Sauf "Amour", le seul mot qui résiste.

Bruxelles, Poème 2, jusqu’au 30 mars. Infos & rés.: 02.538.63.58, ww.theatrepoeme.be