Ils sont une poignée de musicologues et de chercheurs à se relayer depuis quarante ans pour faire vivre un label à coup de fouilles dans le patrimoine, de découvertes, de rééditions, d’exhumations (partitions, compositeurs oubliés, interprètes méconnus ). Domaine des recherches : la Wallonie, terre de musique et de musiciens depuis que s’écrit la musique d’Occident. L’initiative en revient à Jean Remiche, administrateur général des arts et lettres au ministère de la Culture, qui, en 1970, suggéra au mélomane Albert Jeghers - "un notaire liégeois érudit, droit, drôle, avec un bon sens de l’organisation" - de créer une maison de production dédiée au patrimoine wallon, confié aux meilleurs interprètes (fussent-ils flamands). Toutes ces vertus ont fonctionné à plein : Musiques en Wallonie fête cette année ses 40 ans, et 151 productions sont là pour attester la vitalité du label (notant quand même qu’il ne vise pas les tubes de l’été) et la richesse du domaine exploré. Tout ceci fut rappelé lors d’une réunion de presse tenue chez Jean-Pierre Smyers, une des chevilles ouvrières du label, au cours de laquelle six nouveaux albums furent présentés avec "du neuf, de la compilation et des perspectives" !

Le "neuf" tout d’abord. On notera un album consacré aux motets à une, deux et quatre voix de Joseph-Hector Fiocco (1703-1741, fils de Pietro Antonio), maître de chant à la cathédrale des Saints Michel et Gudule de Bruxelles, dont la musique - inédite ! - est ici confiée aux Scherzi Musicali et à son fondateur Nicolas Achten, cumulant la direction, le chant et quelques instruments. Deuxième nouveauté, un recueil de "Miniatures flamandes" (mise en regard avec l’exposition de la Bibliothèque royale), issues des Pays-Bas bourguignons du XVe siècle et constituant le chaînon manquant de la musique polyphonique de l’époque; ces merveilles, signées Binchois, Busnois, De Fay, Morton, Pullois etc., sont ici confiées à la Capilla Flamenca, dirigée par Marnix De Cat, également l’excellent contreténor que l’on sait. Troisième nouveauté, si l’on peut dire : les enregistrements historiques de la soprano verviétoise Huberte Vecray (1923-2009), dont la carrière assez brève (1946-1959) laisse quelques témoignages intéressants, concernant sa voix, pure et naturelle, jusque dans le suraigu, son art - assez décalé, à une époque où régnait déjà Callas ou Schwartzkopf -, l’évolution des habitudes (Verdi passe du français à l’italien !) et surtout quelques œuvres injustement oubliées, telle "La Route d’émeraude" d’Auguste de Boeck; tout cela à titre plutôt documentaire.

Côté compil, on notera d’abord le coffret consacré à Pierre de la Rue (1450-1518), musicien majeur et prolifique, inscrit dans l’orbite de cour de Bourgogne et de Marguerite d’Autriche, dans les versions anciennes et nouvelles, proposées une fois encore par la Capilla Flamenca, cette fois dirigée par Dirk Snellings (3 CD pour 25 €). L’autre compil est dédiée à César Franck, cumulant des œuvres pour orchestre, quelques curiosités (quatre mains et trios), les incontournables (le quintette et la sonate en la) et surtout, clou de la série, le superbe récital pour piano seul enregistré naguère chez René Gailly par Dominique Cornil. Avec également Jean-Claude Vanden Eynden, Andrew Hardy et Uriel Tsachor, Daniel Blumenthal, Jacob Bogart, etc. (5 CD pour 25 €).

Quant aux perspectives, elles mènent évidemment à Mons 2015 et son héros, Roland de Lassus ("de là-dessus", il habitait sur la hauteur ) : une anthologie de 5 CD dont le premier vient de sortir, consacré aux années de jeunesse; les interprètes en sont l’ensemble Ludus Modalis, sous la direction de Bruno Boterf.

Tous ces albums bénéficient de la très belle présentation adoptée par le label depuis trois ans, contenant d’intéressantes notices musicologiques, des illustrations significatives et les textes des œuvres chantées, traduites en trois langues. Une lacune : l’absence des biographies des interprètes, dont seuls les noms sont mentionnés.

Infos : www.musiqueenwallonie.be