Les actionnaires du "Monde" ont finalement choisi l’outsider. Parmi les candidats internes qu’ils ont auditionnés pour remplacer Erik Izraelewicz, décédé brutalement fin novembre, à la direction du quotidien du soir, ils ont décidé de proposer la candidate surprise, Natalie Nougayrède, 46 ans, au vote de la Société des rédacteurs du "Monde" (SRM). Depuis deux semaines, le trio d’actionnaires BNP - le mécène Pierre Bergé, le patron de Free, Xavier Niel, et le banquier d’affaires Matthieu Pigasse - ne parvenait pas à se mettre d’accord sur un nom. Personne ne voulant lâcher, le consensus est venu de l’extérieur, avec Natalie Nougayrède, seule femme à prétendre au poste et dernière candidature enregistrée. Aujourd’hui en charge de la diplomatie, Natalie Nougayrède est au "Monde" depuis 1996. Avant, elle a fait ses classes comme correspondante dans le Caucase pour "Libération", puis un passage à la rubrique "Portrait", avant de repartir comme reporter freelance en Ukraine. Elle est ensuite devenue la correspondante du "Monde" à Moscou. La journaliste, réputée "très rigoureuse", "ambitieuse" et "intransigeante", selon ses collègues, a remporté le prix Albert-Londres en 2005 pour sa couverture du conflit tchétchène.

Pour la journaliste, le marathon commence. Hier matin, elle était reçue par les onze membres du conseil de gérance de la SRM. Jeudi prochain, elle détaillera son projet et ses équipes devant la rédaction. Elle sera également auditionnée par le pôle d’indépendance et le comité d’éthique et de déontologie. Dernière étape, cruciale, sa candidature sera soumise au vote de la SRM, le 1er mars, lors d’une assemblée générale. Pour accéder au poste de directrice, elle devra remporter au minimum 60 % de votes "pour". Sa nomination, pour un mandat de six ans, sera ensuite entérinée en conseil de surveillance. Le poste d’Izraelewicz a été scindé en deux : Nougayrède sera directrice du journal, et c’est Vincent Giret, actuel directeur délégué de "Libération", qui devrait diriger la rédaction, épaulé de trois adjoints.Isabelle Hanne ©“Libération”