Voilà un homme dont la réputation internationale dépasse l’aura à domicile. Non pas qu’Olivier De Schutter soit décrié dans son pays - il recevra ce jeudi le prix Francqui qui honore chaque année un scientifique belge, et enseigne de manière permanente à l’université catholique de Louvain et au collège d’Europe - mais parce que ce juriste spécialisé en droit international, droit européen et droits de l’homme a développé un tel degré d’expertise qu’il prodigue désormais recommandations et analyses à tous les niveaux de pouvoir. Du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, où il officie en tant que rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation depuis 2008, aux gouvernements nationaux où il soutient la mise en pratique des politiques de lutte contre la faim.

Début des années 90, déjà, le jeune diplômé conseille juridiquement la Ligue des droits de l’homme. Dix ans plus tard, il coordonne le réseau européen d’experts indépendants sur les droits fondamentaux auprès de la Commission européenne et donne aussi bien cours à l’université Columbia de New York qu’à l’université nationale du Bénin. Un CV digne d’un haut fonctionnaire qui n’empêche pas Olivier De Schutter de rester d’une disponibilité toute belge, comme on aime à le dire de nos concitoyens, et d’ancrer tant que possible l’action des Nations unies dans la réalité de terrain. Engagé, affable malgré un emploi du temps qui le contraint à accorder des interviews le samedi matin ou dans la file d’attente chez le médecin, l’intéressé explique lui-même qu’il est "essentiel de promouvoir la transdisciplinarité et le travail avec les acteurs sociaux pour se mettre en quête de la connaissance de terrain. Cela permet d’opérer un retour au réel extrêmement salutaire. Pour un chercheur, c’est la meilleure façon d’apprendre". C’est sans doute cette approche que la Fondation Francqui a voulu récompenser. Elle sied particulièrement bien à la lutte contre la faim.