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Écrire aujourd’hui, c’est

1. Ouvrir des possibles, creuser des chemins de traverse, des voies hétérodoxes de vie, de pensée, de perception, de sensation.

2. Parier pour la levée de tous les impossibles qui nous limitent et atteindre par la fiction, par le concept un autre régime d’existence.

3. Ne pas se résigner à l’état de choses donné, que ce dernier soit objectif ou subjectif, politique ou mental.

4. Interroger, féconder le réel par l’imaginaire au fil d’une exploration des zones de feu, des zones en fuite.

5. Se griser d’intempestif, vibrer à ce qui intensifie l’expérience.

6. Inventer des régimes de langue inédits, un rapport inouï au verbe, se porter à l’extrême pointe de soi, à la recherche d’une littérature qui soit comme une bombe de vie, comme un cocktail imprévisible où les mots sautent à la gorge de l’auteur et des lecteurs.

7. Donner des ailes à tous les événements, à toutes les expériences où se conquiert la liberté de danser dans le plus nu de la vie.

8. Pratiquer l’insurrection contre ce qui atrophie, lamine, emprisonne, fomenter des gangs bangs pour les mots creux, vassaux du conformisme.

9. Ciseler les vocables d’intensité, de révolution, d’illumination jusqu’à ce qu’ils accouchent de la chose qu’ils désignent.

10. Chercher à tâtons l’autre face des idées, du langage, leur enfance à venir qui sacre le lever d’un nouveau monde.

11. Sous la circulation réglée et officielle des signes, écouter le langage du monde, la musique des éléments, les bruissements du réel, les flux d’inconscient, dans la conviction que, se retournerait-il encore et encore, jamais Orphée ne perdrait Eurydice.

12. Se tenir sous la dictée de forces qui, venant d’un au-delà du "je", nous traversent, se laisser écrire par des phrases qui bondissent comme des feux follets, par des phrases sans dieu ni maître qui attendent d’être dos à la nuit pour irradier de lumière. Ce qui implique de devenir un Ulysse qui s’unit au chant des sirènes.

13. Démultiplier ses sens et les tourner vers les voix qui ont été muselées, qui tournoient dans le silence, dans le pari pour l’avènement d’un point où acte du dire et donation d’existence se réciproquent.

14. Faire venir à l’être ce qui n’est pas, convoquer ce qui a été interdit de séjour, bâillonné.

15. D’un même geste qui déjoue la linéarité et les scansions de Chronos, retrouver le toujours-déjà perdu, recontacter par la magie des mots le hors-mots, l’avant-mots, rejouer le présent, faire advenir le nouveau par la plongée de l’écriture dans ses mille et un états, en la faisant passer au-delà d’elle-même.

16. Désécrire au point d’approcher ce qui, de ne pouvoir s’écrire jamais, ne cesse de se phraser.