Ses détracteurs assurent qu’elle n’est une femme qu’au sens biologique du mot, que tout en elle, et d’abord le comportement politique, respire l’homme plus que la femme, qu’elle n’a pratiquement rien fait, quand elle était députée, pour améliorer le statut des femmes dans son pays (l’un des plus conservateurs au monde) Toujours est-il que Park Geun-Hye, 61 ans, est devenue lundi, jour de son investiture, la première femme à diriger la Corée du Sud, chose ô combien remarquable dans une société machiste qui confine traditionnellement les femmes dans leur rôle d’épouse et de mère.

Park, née le 2 février 1952 à Taegu (une ville du sud du pays, réputée pour ses reines de beauté), n’est pas mariée et n’a pas d’enfants : elle échappe donc naturellement à ce carcan. Qui plus est, elle a réussi à transformer en atout ce qui aurait pu constituer un handicap. En campagne pour la présidence de la République, il lui a été facile de soutenir qu’elle pourrait consacrer tout son temps à sa véritable famille : le peuple coréen. Et dans une société marquée chroniquement par les scandales politico-financiers impliquant des proches du chef de l’Etat ou des membres de son administration, il lui était tout naturel de souligner qu’elle n’avait, quant à elle, aucun parent à favoriser ou à protéger.

Park Geun-Hye est, cependant, une "fille de", et pas n’importe laquelle. Son père, Park Chung-Hee, prit le pouvoir en 1961 à la faveur d’un coup d’Etat et gouverna le pays d’une main de fer jusqu’à son assassinat en 1979. Sa mère fut elle aussi assassinée, en 1974, sous les coups d’un sympathisant du régime communiste nord-coréen, ce qui força Park à interrompre ses études en France pour endosser les habits de Première Dame de substitution. Ce double héritage est assurément lourd à porter : la fille d’un dictateur devra, pendant cinq ans (le président ne remplit qu’un unique mandat en Corée du Sud), piloter une démocratie, et les relations toujours tendues avec la Corée du Nord seront au centre de ses préoccupations quotidiennes.

Retirée de la vie publique après l’élimination de son père et restée dans l’ombre jusqu’à son élection à l’Assemblée nationale en 1998, Park Geun-Hye assume désormais ce passé encombrant en exploitant l’ambiguïté du jugement porté sur le règne de Park Chung-Hee : une dictature honnie d’un côté, un miracle économique de l’autre. La Présidente promet, en effet, l’avènement d’une "démocratisation économique". Celle qu’on surnomme la "reine de glace", en raison de sa froideur hautaine, entend ainsi combiner économie créative et justice sociale. Les Coréens attendent de voir.