L’étude publiée fin juin dans la revue américaine "Electromagnetic Biology and Medecine" ne provoquera pas de consensus scientifique sur l’épineux sujet des micro-ondes. Menée par le département de Biologie des organismes de l’ULB, l’expérience met pourtant en évidence l’impact nocif des ondes électromagnétiques sur des fourmis et des organismes unicellulaires.

Sous l’effet d’un générateur d’ondes d’une puissance de 900 MHz, les insectes cobayes ont d’abord perdu "50 % de leurs capacités d’apprentissage" , puis la totalité de ce qu’ils avaient mémorisé. La capacité d’organisation de la colonie a aussi été affectée, expliquent les chercheurs, les fourmis étant incapables de se regrouper en un nid. Au terme des différentes expériences, l’étude indique que "les fourmis marchaient avec difficulté" , voire "mouraient" .

Les paramécies (cellules uniques et ciliées), quant à elles, ont été dégradées lorsque l’équipe de l’ULB a placé un GSM en activité à proximité : difficulté à se déplacer, gonflements, battement des cils altéré.

Diffusées en Belgique par Teslabel (une ASBL luttant "pour un environnement électromagnétique sain"), ces observations sont jugées "alarmantes" par Jean-Luc Guilmot, son président. Surtout, dit-il, dans un environnement envahi par la téléphonie mobile, "les études qui osent affronter ce sujet délicat sont toujours marginalisées" .

"Faux , lui répond cependant Luc Verschaeve, biologiste et chercheur à l’Institut scientifique de santé publique (ISSP). Ce sont au contraire toutes les études affirmant que les ondes sont sans effet sur les organismes qui ne parviennent jamais, elles, jusqu’aux médias généralistes."

C’est là toute la complexité du discours tenu sur les dangers liés aux ondes électromagnétiques : face à la considérable littérature existante et, dans le même temps, à l’absence d’accord scientifique sur le sujet, "il ne suffit plus d’une seule étude, aujourd’hui, pour contredire toutes les autres" , assure le biologiste.

Au cœur de telles divergences, les auteurs de cette expérience ont eu, de fait, de vraies difficultés à faire entendre leur voix sur le sujet. Marie-Claire Cammaerts, en charge de l’étude, a dû attendre trois ans et essuyer les refus de trois revues scientifiques européennes avant de pouvoir publier ses analyses aux Etats-Unis.

"On nous empêche d’informer sur cette vérité" , assure la biologiste, spécialiste des insectes sociaux. Le générateur d’ondes utilisé pour ses expériences lui a même été retiré. "Les laboratoires subissent des pressions financières , renchérit Jean-Luc Guilmot chez Teslabel. Les groupes de télécommunications ont tellement d’influence que l’on évite à tout prix de les titiller."

Luc Verschaeve, lui, soupire face à l’argument du lobbying. "C’est toujours le prétexte utilisé lorsqu’un chercheur ne parvient pas à publier son étude. En réalité, la revue américaine qui a diffusé l’expérience de l’ULB est sans doute simplement moins exigeante que les autres" sur la précision du compte rendu et la méthodologie employée. Aussi, sans la présence d’électroniciens au sein de l’équipe de recherche, le chercheur de l’ISSP émet des réserves "sur la justesse du dosage des ondes émises sur les insectes" .

Face à ces critiques, le président de Teslabel enfonce le clou sur les résultats " accablants " de l’expérience. " L’homme comprendra-t-il trop tard ? ", interroge Jean-Luc Guilmot. Pour la chercheuse Marie-Claire Cammaerts, l’impact des ondes sur la membrane cellulaire des fourmis et protozoaires prouve que le système nerveux de l’être humain, constitué de cellules similaires, peut également être affecté.

Mais là encore, l’ISSP affiche son désaccord sur une telle extrapolation de l’étude. "Le métabolisme d’une fourmi est trop différent de celui d’un homme, relativise Luc Verschaeve, tout comme l’exposition aux ondes et la quantité d’énergie absorbée par les deux êtres ne sont pas comparables." Pour l’expert, malgré son réel intérêt, l’étude n’apporte pas de preuve sur le danger causé par ces ondes sur l’être humain.