Vendredi soir sur le seuil du Casino de Spa, les festivaliers n’en revenaient pas du revirement subit et favorable de la météo. Un soleil radieux mais point étouffant nimbait d’une belle lumière dorée la vénérable bâtisse conçue naguère par Alban Chambon, l’architecte des plaisirs de la Belgique fin-de-siècle. La manifestation s’est ouverte sans tambours ni trompettes, offrant en toute simplicité trois créations pour lancer le ban.

Au Salon Gris, Éléonore Meeùs et Stéphanie Van Vyve faisaient dialoguer une jeune femme avec sa grand-mère adorée et disparue. Pas n’importe quelle grand-mère, puisque "Des jours trop longs" est une adaptation du premier roman de Marie Denis (1920-2006), pionnière du féminisme en Belgique et mère de six enfants, qui aura eu le bonheur de voir un certain nombre de ses arrière-petits-enfants. À l’évidence, le personnage de Camille, interprété par Stéphanie Van Vyve avec la précision, la finesse et le vibrato émotionnel qu’on lui connaît, est une addition de la jeune génération.

Qu’est-ce qui a changé en un demi-siècle (le roman date de 1961) dans le rapport des femmes à la maternité, au couple, à leur propre vie ? C’est ce à quoi fait réfléchir ce spectacle mis en scène par Cécile Van Snick. Est-ce l’interprétation un peu raide d’Éléonore Meeùs dans le personnage d’une grand-mère trop proche d’elle, sont-ce l’adaptation et/ou l’adaptation qui peinent à gérer la relation entre une vivante et une morte sur scène ? Tels quels, ces "Jours trop longs" nous ont paru mal ajustés par endroits, avec des passages un tantinet artificiels, discursifs ou littéraires, même si l’ensemble dégage un charme indéniable.

Changement de tonalité au Théâtre Jacques Huisman avec les "Vieilles chansons maléfiques" de Jon Marans réglées par Jean-Claude Idée. Une heure cinquante de bonheur théâtral et musical, c’est la promesse que tiennent Alexandre von Sivers et Jean-François Brion dans cet affrontement entre deux générations, deux conceptions de la musique, deux cultures. Interprétation magistrale de von Sivers face à son partenaire qui a du répondant. Performance aussi de l’un et de l’autre qui jouent du piano et chantent de manière absolument convaincante.

Ce qui brille pourtant au final, c’est la splendeur de cette pièce - très bien translatée dans notre langue par le Français Thomas Joussier -, réflexion sensible et profonde sur l’art, la vie et la mort, digne du romantisme allemand. Pris entre le rire et les larmes, le public a sanctionné cette belle réussite de cinq rappels, fait assez rare à Spa où les spectateurs mesurent sagement leurs enthousiasmes.

Dans le cadre intimiste de la Guinguette installée dans la salle de bal du Casino, Claude Semal a donné les deux premières représentations de son nouveau et 25ème spectacle, mis en scène par Laurence Warin. Dans "Ceci n’est pas un chanteur belge", notre Claude national, véritable trésor culturel méconnu, décline les chansons de son dixième album qui sortira au mois de septembre. En une heure et demie, il raconte le monde tel qu’il ne va pas à son rejeton, sorte d’œuf de diplodocus logé dans une chaise haute comme dans un coquetier. Vous avez dit surréaliste ?

Auteur, compositeur, interprète, maître Semal n’usurpe aucune de ces appellations. Chroniqueur émérite de nos grandeurs et petitesses, il ironise sur les premières et sublime les secondes avec une faconde, une espièglerie et une générosité absolument inimitables. On pense à Brassens, au Grand Jojo, à Bob Dylan, à Jean-Luc Fonck, etc. Un vrai soleil sur scène !

Prochains spectacles : "Le Producteur de Bonheur" par les Baladins du Miroir, "La Robe de Gulnara" d’Isabelle Hubert, "Babel Ere", " Cincali !", " Monsieur chasse !", etc. Tél. 0800/24.140 - www.festivaldespa.be.