optimisme Rencontre

Leo Bormans est un homme heureux. A l’initiative de "The World Book of Happiness", dans lequel 100 chercheurs et scientifiques issus de 50 pays partagent leurs résultats sur le bien-être individuel et des sociétés, il voyage aujourd’hui dans le monde entier pour partager ses connaissances. A l’occasion de la Journée internationale du bonheur, qui vise, selon l’Onu, à sensibiliser les gouvernements pour qu’ils prennent en compte le bien-être des peuples, Leo Bormans participe à un débat le 20 mars à Bozar avec Koen Vanmechelen, artiste plasticien, Sonam Tshong, l’ambassadeur du Bhoutan, Jan-Emmanuel De Neve, conférencier en économie politique et Peter Van Rompuy, politicien, après la projection de "7 Milliards d’autres" de Yann Arthus-Bertrand.

Vous écrivez que vous êtes un optimiste.

Oui, mais ce n’est pas rare, il y a beaucoup plus d’optimistes que de pessimistes dans le monde mais les pessimistes font plus de bruit. Ce sont toujours les choses négatives que l’on remarque. Alors que les optimistes, on dit que ce sont des imbéciles, des naïfs ou au mieux, des ignorants de la cruauté de la société.

Comment définissez-vous l’optimisme ?

Les optimistes sont ceux qui s’occupent de l’intérêt général et qui se focalisent sur les solutions et le futur. Les pessimistes se concentrent sur les problèmes, le passé et eux-mêmes. En général, dans nos pays occidentaux, la vie, c’est plus ou moins la même chose pour tout le monde : on a tous de la chance et parfois de la malchance, on perd nos parents, etc. 50 % de l’optimisme est dû à la génétique, 10 % aux circonstances de la vie et 40 % c’est la manière de regarder les choses. On peut donc changer notre regard sur le monde et sur la vie. Le bonheur, ce n’est pas une question de croyance mais de savoir. Il y a toujours plus de possibilités que ce que l’on imagine.

Les économistes prédisent que nos enfants vivront plus mal que notre génération. Que faire ?

La crise existe bien sûr et elle est arrivée parce qu’on a cru qu’avoir plus de biens matériels nous rendrait plus heureux. Mais c’est faux. On est plus riches que nos parents et que nos grands-parents mais pas plus heureux. Donc même avec moins d’argent, nos enfants peuvent atteindre un bien-être optimal. La crise remet tout en question : il ne faut pas augmenter la quantité mais améliorer la qualité. Il faut se satisfaire de ce que l’on a, notre famille, nos amis, notre santé, notre liberté, c’est bien plus important qu’avoir une grosse voiture.

Quelles sont les grandes clefs du bonheur ?

Quand quelqu’un dit qu’il a trouvé le secret du bonheur, ne le croyez pas, c’est un charlatan. Il n’y a pas une seule voie pour le bonheur. On connaît ce qui n’est pas important : l’argent, du moins quand on en a assez pour couvrir les besoins fondamentaux comme la nourriture, le logement, l’école pour les enfants. Plus d’argent ne nous rend pas plus heureux, au contraire, parce que la jalousie commence. La solitude, c’est aussi très mauvais, la vie sociale est fondamentale. Il est important de prendre le temps de réfléchir, de méditer, de faire le silence. Dans un rapport sur les malades en soins palliatifs, on leur a posé la question : et si c’était à refaire ? La première chose que les malades ont répondu, c’est qu’ils auraient souhaité vivre leur propre vie, travailler moins, prendre plus de temps pour leur famille et leurs amis, et exprimer leurs émotions. Voici quelques clefs du bonheur ! Rien de miraculeux, nous savons être heureux mais nous ne le faisons pas. Passons à l’action !

Est-ce que l’art rend heureux ?

Oui. La créativité, c’est une force positive. Dans le monde, on n’érige pas de statues pour les pessimistes mais pour les optimistes. Les artistes ont l’air cyniques mais beaucoup ont un regard critique, plutôt comme s’ils étaient étonnés par le monde.

L’un des chercheurs du Livre sur le bonheur écrit que le rôle des artistes est de rendre les autres heureux par l’art.

Même si les artistes créent des œuvres sombres, leur but est de nous confronter à la réalité mais pas de nous rendre malheureux. Ils nous offrent une fenêtre sur le monde. Les artistes nous confrontent à nos rêves aussi. Ces rêves, il faut les réaliser petit à petit, étape par étape.

Bruxelles, Bozar, le 20 mars à 19h30. De 4 à 6 €. Infos&rés. 02.507.82.00. et www.bozar.be

Bonheur - The World Book of Happiness, Leo Bormans, Racine, 368 pp., env.25 €