DEPUIS LE TEMPS QU’IL MILITE pour l’instauration d’ateliers du bien-être à l’école, le Pr Isy Pelc a ses arguments. Explications.

"Généralement, l’éducation (les valeurs inculquées), le milieu dans lequel on évolue mais aussi la génétique font que l’on sait de façon naturelle et innée et que l’on sent chacun ce qui correspond à son état de bien-être", explique le neuropsychiatre.

"Le fait est que l’on constate de plus en plus que certaines familles n’ont pas cette capacité de transmission et d’éducation au bien-être", explique-t-il. Pourquoi ? "Parce qu’elles se trouvent elles-mêmes en situation de difficulté; ayant vécu des choses difficiles dans leur vie, elles n’ont pas cette propension. Lorsque l’on est depuis dix ans au chômage, que le conjoint est alcoolique, que l’on est confronté à des soucis financiers, que l’on doit s’occuper de parents malades , on se trouve soi-même en souffrance psychique, on n’est donc forcément pas en état de transmettre cela à ses enfants".

Que se passe-t-il alors ? "On voit, chez ces enfants, des lacunes, des failles dans le développement de leur bien-être. Ils n’arrivent pas à parler correctement aux autres, à s’exprimer sans agressivité Chaque jour on retrouve des exemples dans l’actualité. Ces jeunes n’ont pas intégré dans le développement personnel et dans leur bien-être la façon d’échapper à ces difficultés ou de les gérer, de passer à travers celles-ci. Quand on doit traverser des torrents, affronter des moments difficiles dans la vie, nous avons en principe en nous et avec l’aide de nos proches des capacités de rebondir et de nous repositionner correctement, c’est ce que l’on appelle la capacité de résilience. C’est pouvoir survivre à des périodes de mal-être. On constate aujourd’hui qu’il y a un nombre croissant de jeunes qui présentent des déficits à ce niveau, même s’ils n’ont pas forcément de lacunes au niveau de l’apprentissage. Ils savent lire, écrire, calculer mais ils n’arrivent pas à se comporter correctement, à avoir des conduites adaptées à ce qu’à la fois eux et leur entourage direct se sentent bien".

Voilà pourquoi des expériences pilotes d’ateliers du bien-être vont être mises en place dans quelques écoles. Comment cela va-t-il se passer ? "C’est très simple, répond leur instigateur, il ne s’agit pas d’ajouter des cours ou des séminaires au programme, mais bien de profiter de ce qui se fait à l’école, en tant que lieu de vie, sachant que l’enfant passe parfois plus de temps dans la structure scolaire qu’au sein de sa famille. A l’école, on peut dépister ou identifier un enfant qui semble plus violent, plus désintéressé ou plus déprimé que les autres".

Les ateliers du bien-être consistent à profiter de cette vie communautaire pour faire de petits exercices de sensibilisation avec des professeurs formés à cela ou avec l’aide de psychologues des PMS, comme cela se pratique d’ailleurs déjà d’une certaine façon, lors de certaines activités comme la psychomotricité chez les petits "Aujourd’hui, la structure scolaire ne peut pas se limiter à dispenser du savoir, estime encore le Pr Isy Pelc, elle doit, jusqu’à un certain point, se pencher sur cet aspect de l’éducation au bien-être."