L’ART, TOUT LE MONDE s’en fait une idée. La thérapie, elle, est entrée dans le vocabulaire courant. Mais l’art-thérapie ? Si certains situent un peu "la chose", d’autres n’en soupçonnent même pas l’existence. Pourtant, c’est déjà dans les années septante que les milieux médicaux commencent à en parler et à s’en servir.

Concrètement et dans un premier temps, l’art-thérapie peut se comprendre comme une approche psychologique. Une approche qui tente de faire émerger une réalité non consciente à travers des pratiques artistiques (peinture, sculpture, chant, danse). Parce que les mots ne disent pas tout, l’art-thérapie propose donc de nouveaux points d’accès au langage. Mais comme rien n’est simple, surtout quand il s’agit de définir une réalité tangible comme celle-là, le concept d’art-thérapie reste encore assez fluctuant. Et pas toujours évident à saisir précisément. L’idée générale qui le raccroche, l’utilisation de techniques artistiques dans un but psychologique, ne concorde pas toujours avec la réalité. Gare donc aux amalgames qui feraient des mécontents. Et quoi de mieux que des exemples pour clarifier tout cela.

Alain Gontier, psychothérapeute et directeur des ateliers de l’Insu (proposant des formations qui utilisent des techniques artistiques), insiste bien sur le statut des productions artistiques : "Ce n’est pas de l’art, c’est de l’expression." Et dans cette perspective, le processus de création est primordial. "C’est dans le processus de construction que sont suscités les enjeux personnels. Le but est d’expérimenter ses aptitudes créatrices et d’exprimer ce qui a été ressenti pendant l’expérience de création." Pas question donc de juger la production finale qui importe peu en fin de compte. "C’est un leurre de penser qu’on peut interpréter ce qui est produit", continue Alain Gontier. Cette approche ne s’inscrit pas non plus, nécessairement, dans un cadre thérapeutique. Les techniques artistiques permettent seulement aux acteurs de s’exprimer, de laisser place à leur créativité. Que cela soigne, tant mieux, mais cela n’en constitue pas la priorité. Pour ces raisons, les Ateliers de l’Insu ne se revendiquent pas de l’art-thérapie.

Autre point de vue, autres méthodes : le centre Rhapsodie à Bruxelles (proposant des cours certifiés en art-thérapie) qui s’identifie, lui, au courant de l’art -thérapie. "L’œuvre n’offre pas seulement un espace d’expression, mais aussi un espace d’analyse. Elle devient le miroir de son créateur", explique Didier Barbieux, responsable du centre Rhapsodie et psychothérapeute. Cette mise à distance de soi permet donc de se recréer, d’envisager différemment les problèmes rencontrés : une autotransformation par l’art. "Dans cette perspective, l’art-thérapie doit être comprise comme un outil et non comme une science médicale. C’est vraiment une aide extraordinaire pour toutes les disciplines de la psychologie et de la thérapie." Un outil qui permet au patient de s’exprimer à travers un média différent de la parole. Et c’est surtout cela qui importe, finalement. Que ces pratiques relèvent ou non de l’art-thérapie, elles ont en commun les techniques artistiques. Des outils originaux qui stimulent des recoins inconnus ou méconnus de nos êtres.