petit chimiste

Elles s’appellent K2, Spice ou Vanilla Sky, s’habillent d’un emballage "bubble-gum", et sont vendues "comme des bonbons" sur Internet. Mais ce sont des drogues, stimulantes, ou rendant "stone". Conçues chimiquement en laboratoire, souvent en Chine, elles provoquent aussi des dégâts sur l’organisme et ont même tué en Belgique. Autre problème : ces RC ("Research Chemicals") sont aussi légales. Ces drogues de synthèse appelées aussi "legal highs" provoquent les mêmes effets que les produits illégaux, mais ne se trouvent pas sur leur liste. Pourquoi ? "Grâce" à un petit tour de passe-passe chimique. "Les chimistes font varier les molécules (NdlR : assemblage d’atomes grâce à des liaisons chimiques) déjà interdites, explique Miguel Rwubu, de l’ASBL Eurotox, qui observe les phénomènes de drogue en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ils prennent la structure chimique de base, mais effectuent quelques changements périphériques. Il s’agit toujours de substances psychoactives (NdlR: qui peuvent entraîner une addiction et sont nocives pour la santé), mais encore légales, pas encore interdites, car encore inconnues. La police est donc gênée aux entournures, car parmi deux personnes avec les mêmes symptômes l’une pourrait être arrêtée et l’autre pas." Même chose pour les vendeurs et producteurs. En outre, dès qu’une substance est interdite, de nouvelles drogues de synthèse sont créées pour passer entre les mailles du filet juridique. Le gouvernement vient donc de prendre des mesures pour y faire face (voir épinglé). Trois grandes familles de legal highs sont répertoriées : les dérivés d’amphétamines, les cannabinoïdes de synthèse, et les cathinones, un dérivé d’amphétamine mais se rapprochant du khat, une herbe africaine.

Un atome modifié, une nouvelle substance

"Dans ces legal highs, la structure chimique de la nouvelle substance est à peu près semblable à celle de la molécule de base, explique le Dr Peter Blankaert, chargé de la recherche sur les drogues de synthèse à l’Institut scientifique de santé publique. P ar exemple, pour l’amphétamine, on fait un changement d’un seul atome, et on a une autre molécule, légale. Et on peut faire de même avec 10 ou 20 atomes différents, et on aura 10 ou 20 nouvelles molécules, avec les mêmes effets. Mais le problème, c’est que ces molécules n’ont pas été testées sur des humains, ni sur des animaux. L’animal de laboratoire est l’utilisateur. On ne connaît pas les effets toxiques sur le corps humain, à terme, ou immédiat." Les symptômes peuvent être assez effrayants : les effets du cannabis de synthèse sont plus puissants, et provoquent un effet "stone" accentué. Les dérivés d’amphétamines, ont eux un effet stimulant similaire à la cocaïne. Les risques ? L’hyperthermie, les battements de cœur accéléré, des psychoses, de l’anxiété. Les cathinones (appelés aussi "sels de bains") provoquent eux aussi des crises d’agressivité. "En Belgique, après avoir avalé de ces "sels de bains", deux personnes se sont retrouvées dans la rue armées de couteaux, en pleine crise paranoïde." Et 3 décès ont eu lieu 2011 et 3 en 2012, à cause d’un mélange d’amphétamines et de legal high (4-méthylamphétamine). La cause était l’hyperthermie; la température des usagers était montée à 43 ou 44°C. "Aux usagers, il faut dire : méfiez-vous, dedans, ça peut être n’importe quoi .. C’est au moins aussi dangereux que la molécule classique. Parfois davantage, on ne sait pas. Cela dépend de la molécule, c’est au cas par cas". En outre, "il est difficile de tout tester, car il y a toujours de nouvelles molécules " L’ISP arrive à tester un peu plus de 10 % du "marché".