Autant que pianiste et musicien, Stephane Ginsburgh est un artiste, et un chercheur. Sa sensibilité musicale ne le dispense pas de faire fonctionner ses méninges (il étudie la logique et la philosophie à l'ULB et prépare un mémoire sur la pensée politique de Spinoza), ni ses acquis professionnels de sortir des sentiers battus. C'est ainsi qu'entre des concerts déjà internationaux, des fouilles éclectiques et quelques enregistrements CD (notons une intégrale des pièces pour piano de Morton Feldman, réalisées pour le label Sub Rosa, ainsi qu'une sélection de John Adams), le jeune pianiste se proposa, en 2001, à l'échevinat de la Culture de la commune de Saint-Gilles - «sa» commune - avec un projet qui se transforma tout naturellement en série annuelle, centrée chaque fois sur un compositeur. Les concerts se donnent à la Maison du peuple, vaste bâtiment inauguré en 1906, racheté par la commune en 1995 et rouvert, après restauration en 2002. Un lieu historique comprenant une salle de 300 places et des espaces d'accueil, le cédant parfois à la maison Pelgrims, hôtel particulier datant de la même époque, et devenu lui aussi patrimoine communal.

L'héritage de Liszt

Beethoven et Ginsburgh firent tandem exclusif pour la première saison, rejoint à partir de la suivante par d'autres interprètes; Schubert, Brahms et Schumann se succédèrent comme figures tutélaires - sans exclure d'autres compositeurs, même contemporains - jusqu'à cette cinquième saison où, sous la bannière «Les Magyars à la Maison du peuple», c'est toute une bande qui descend sur Saint-Gilles, de Liszt à Ligeti.

«Ce thème permet une ouverture littéraire, une exploration de la poésie hongroise, certaines investigations aussi du côté de Liszt dont l'histoire est au fond peu connue, et qui présente un revirement passionnant: élevé dans un milieu rural, de droite et conservateur, il évolua progressivement vers des idées - et un engagement - de types révolutionnaires, quasi communistes, alimentés par ses convictions religieuses, car chez lui, le message évangélique était pris au mot... Par ailleurs, son héritage a animé tous les compositeurs hongrois qui lui ont succédé, avec cette capacité d'explorer le son (du piano) librement, jusqu'au bout des possibilités de l'instrument, sans frein, sans crainte du mauvais goût. Ce qui fait de son oeuvre une formidable école pour tous les pianistes.»

Deux pianistes ce week-end: Bernard Lemmens, dans la Sonate (de Liszt) et des oeuvres de Bach/Godowski, Mompou et Schubert (samedi); et Stéphane Ginburgh lui même dans dix des «Douze études d'exécution transcendante» (dimanche). «J'ai découvert Lemmens étant encore adolescent, j'ai été sous le choc, je me demande pourquoi on ne l'entend pas plus souvent en Belgique...»

Après Liszt, rendez-vous est donné à la Maison du peuple le 13 mai, avec un marathon explosif où 18 (dix-huit) musiciens se passeront le relais, liés par le thème de saison (ces fameux Magyars), en charge de donner le meilleur d'eux-mêmes en 15 minutes chacun, TTC. La saison prendra fin à la Maison Pelgrims, le 11 juin, avec Haydn et Bartk - Hongrie toujours - par le Quatuor Danel.

Saint-Gilles, Maison du peuple, le samedi 29 avril à 19h15 et le dimanche 30 avril à 16h - 02.534.56.05 - www.ginsburgh.net

© La Libre Belgique 2006