Il est typique que les trois grandes manifestations d’art contemporain actuellement à l’affiche - toutes trois remarquables, la Documenta de Kassel, Manifesta à Genk et la Triennale de l’art à Paris - laissent très peu de place à la peinture, éclipsée par les installations, sculptures et vidéos. Pourtant, la peinture n’a pas dit son dernier mot, loin de là. C’est un des enjeux de la biennale sympathique organisée pour la troisième fois par les deux musées voisins (il y a dix kilomètres champêtres, le long de la Lys, entre eux) Dhondt-Dhaenens et Raveel, près de Gand. Visiter les deux (c’est possible du mercredi au dimanche) revient à découvrir une riche et belle expo.

Les deux musées le font d’abord par souci de confronter leurs propres collections à l’art d’aujourd’hui. Le Dhondt-Dhaenens a une grande collection d’expressionnistes flamands (Laetem Saint-Martin est à côté) et le musée Raveel, comme son nom l’indique, est lié à l’artiste flamand. Cette année, Joost Declercq et Piet Coessens, les deux directeurs, ont choisi le thème de la représentation humaine dans la peinture. Le Dhondt-Dhaenens, très lumineux, aux grandes salles, a sélectionné dix artistes seulement mais, chaque fois, bien représentés. Le musée met en évidence deux peintres de ses collections : Constant Permeke et Frits Van den Berghe, le premier pour ses peintures et sa puissance expressionniste presque primitive, le second pour ses œuvres plus psychanalytiques et surréalistes. Ils restent deux pôles d’une histoire de la peinture qui continue jusqu’aujourd’hui. On y retrouve la force incroyable de Permeke (comme Picasso parfois) et on découvre les aquarelles comme prémagrittiennes de Van den Berghe.

Le musée confronte ces artistes, sans souci de chronologie, à des grands noms d’aujourd’hui comme Francis Alÿs et ses dessins sur calque sur la répétition quotidienne, Neo Rauch, grand peintre allemand très peu montré en Belgique, Karel Appel dans sa période des années 50 - la plus belle. Robert Devriendt et ses tout petits tableaux qui semblent raconter des faits divers (on retrouve, sur l’un d’eux, le portrait du galeriste Albert Baronian), l’Américaine Elizabeth Peyton et ses petites peintures de stars (du prince Charles à l’artiste Martin Creed) et la portugaise Paula Rego. On découvre l’étrange langage de la Belge Cris Brodahl, mystérieux et sensuel, déconstruisant l’image et le corps, entre voile et dévoilement. Elle est collectionnée par Raf Simons, nouveau directeur de Dior, et représentée par Hufkens.

Au musée Raveel, le choix est de montrer une trentaine d’artistes dans des confrontations intimes dans des petites salles. Raveel y est bien entendu avec, entre autres, une œuvre poignante sur la mort de sa mère, avec seule la main de la morte émergeant des draps blancs et les bords du lit faits de vrais morceaux du lit. On découvre des confrontations toujours passionnantes entre peintres d’hier et d’aujourd’hui, stars (Warhol, un magnifique Marlène Dumas, Luc Tuymans, Michael Borremans, Baselitz, etc.) face à des "anciens" (Spilliaert, Ensor, Van Rysselbreghe, August Sander) et des artistes plus jeunes comme Koen Van den Broek représentant la figure humaine sous forme de l’ombre de son fils sur la route, ou Jan Van Imschoot et ses portraits de psychiatrisés, Emilio Lopez-Menchero dont les peintures sont moins connues (il présente des autoportraits dissimulés sous des figures comme Balzac) et une très belle surprise avec la jeune Ellen De Meutter, aux atmosphères étranges de contes de fées menaçants. Le résultat convainc : les peintres anciens restent totalement contemporains et inversement.

Dhondt-Dhaenens, jusqu’au 30-9 du mar. au dim. de 10 à 18h et musée Raveel, jusqu’au 14-10, mer.à dim. de 11 à 17h.