Nzinga Knight, jeune créatrice américaine, défilait jeudi dernier à la Fashion Week de New York. Mais qu’est-ce qui la distingue des autres créateurs new-yorkais du moment ? En fait, ses créations ont tendance à habiller les mannequins, habiller pour de vrai, on veut dire. Pas de microrobes ou de décolletés généreux dans la collection de cette créatrice américaine, mais aussi musulmane, de 31 ans. Les silhouettes, imaginées par Nzinga Knight, n’en sont pas moins féminines - à vous d’en juger ci-contre - même si elles intègrent manches longues, et étoffes non plus transparentes. "Beaucoup de femmes portent (certains vêtements), parce que les magazines leur disent de les porter, et il me semblait que tous les créateurs avaient le même point de vue." En combinant les codes moraux de sa communauté avec son sens du style new-yorkais, elle a cependant dégoté ce que recherchent les jeunes entrepreneurs : une niche. "Mon esthétique manquait vraiment sur le marché".

Les créations de Nzinga Knight ne sont pas les seules à dénoter dans l’univers de la mode, même si les couturiers noirs sont rares et les musulmans encore plus. "Dans les sociétés occidentales, ajoute-t-elle, les femmes ne sont pas aussi libérées qu’elles le pensent. Nzinga Knight déplore l’obligation que ressentent certaines femmes de se dévêtir pour réussir. Et prend l’exemple des stars de la chanson : "Elles ne sont pas autorisées à miser sur leurs seuls mérites. Elles doivent enlever leurs vêtements." Rihanna serait-elle aussi douée avec un petit haut plus couvrant? Elle pourrait tout le moins tenter d’aller se rhabiller, on jugerait de sa voix et non de sa gorge. Quant à la mode de type confessionnelle, elle est, certes, l’émanation d’une pensée communautariste, mais pose ici l’intéressante question de la pudeur et de l’image sociale de soi. Que doit-on montrer pour être écouté ? (A.V.)