"Mais je suis né, là-bas, dans les brumes de Flandre, en un petit village où des murs goudronnés abritent des marins pauvres mais obstinés, sous des cieux d’ouragan, de fumée et de cendre. Les marais noirs, les bois mornes, et les champs nus, et novembre grisâtre et ses cheveux de pluie, et les aurores d’encre et les couchants de suie, ma brève enfance, hélas ! les a trop bien connus. Toujours l’énorme Escaut roula dans ma pensée. L’hiver, quand les glaçons où se miraient les astres, craquaient et charriaient leurs blocs vers les désastres, j’étais heureux et fort d’une joie angoissée." Verhaeren a toujours chanté cette terre de Flandre qui l’a vu naître et l’Escaut à Saint-Amand, sa ville natale où il est enterré. Un petit musée a été créé à sa gloire dans la maison voisine de celle où il naquit. Il rend bien hommage au poète, avec une scénographie originale faite des "tables tentaculaires" - allusion au poème des "Villes tentaculaires" - qui proposent des tiroirs, vitrines et autres suprises propices à une exposition littéraire. Deux fois par an, y sont organisées des expos thématiques ou sur une partie de la collection permanente. A deux pas de là, on se promène sur les rives majestueuses, larges, sauvages, de l’Escaut et on peut voir le tombeau de Verhaeren en marbre noir.

Il naquit à Saint-Amand, le 21 mai 1855, dans une famille commerçante aisée. La langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de l’école communale et les habitants, il recourt au dialecte local. Il fait ses secondaires au fameux collège Sainte-Barbe à Gand où il rencontre Georges Rodenbach. L’éducation très sévère dans ce collège de Jésuites achèvera sa francisation complète. Verhaeren fait son droit à l’université de Louvain et, ensuite, un stage chez Edmond Picard, le célèbre avocat bruxellois que ses activités littéraires et politiques établissent comme la figure de proue de l’avant-garde des années 1880-1890. Toutes les semaines, il organise chez lui un Salon où Verhaeren entre en contact avec des auteurs et des artistes de tous genres. Après avoir plaidé deux procès, il abandonne le barreau et voue sa vie à l’art et à la littérature. Très vite, Verhaeren s’impose comme l’homme-phare et comme le porte-parole du réveil artistique et littéraire de la fin du siècle. Dans des articles fracassants et visionnaires, il attire l’attention sur de jeunes artistes prometteurs, comme James Ensor. Il publie en 1883 son premier recueil, "Les Flamandes" suivi de nombreux autres. En 1898, il se fixe définitivement à Saint-Cloud, près de Paris, même s’il retourna tous les ans au Caillou-qui-bique, son séjour à la campagne dans les environs de Roisin, sur la frontière franco-belge. Au seuil du XXe siècle, le poète a atteint une renommée mondiale : son œuvre est traduite, citée, discutée. Son expressionnisme humanitaire témoigne d’une foi renouvelée dans l’homme et sa vitalité triomphante. Verhaeren voyage à travers l’Europe, jusqu’à Saint-Pétersbourg et Moscou, il donne partout des conférences et le roi Albert Ier le proclame poète national. Mais en 1914, ce pacifiste militant est désemparé. Il dénonce la folie de la guerre en des vers enflammés. Un jour à Rouen, il tente de sauter dans le train pour Paris avant son arrêt total. Il glisse sous le train et meurt. Le professeur Nachtergaele, lors du 150e anniversaire de Verhaeren en 2005, estimait que le poète, bien que francophone, fait partie autant du patrimoine culturel des francophones que des néerlandophones, "précisément parce qu’il a propagé la Flandre et son patrimoine culturel à travers l’Europe, fût-ce en français. Il appartient au patrimoine flamand au même titre que les primitifs flamands ou les polyphonistes flamands, car tous puisaient leur inspiration dans la tradition et la culture flamandes qui les avaient nourris".

Ouvert en juillet et août, tous les jours sauf lundi de 11h à 18h. Infos : ww.emileverhaeren.be