NOS CHOIX ÉTOILÉS (SUITE)

King Leopold II ***

A l'heure où la Belgique n'hésite plus à se regarder dans le miroir de son passé colonial, la pièce adaptée d'un célèbre pamphlet de Mark Twain par Jean-Pierre Orban - qui connaît bien l'Afrique pour y avoir vécu - contribue, de manière roborative mais surtout pleine d'humour, au débat. Une bonne façon de s'interroger sur la politique coloniale au sens large. Et de se rappeler que si Léopold II n'était pas un enfant de choeur, les puissances de l'époque ne faisaient pas dans la dentelle et n'admettaient pas qu'un petit pays vienne dans la cour des grands. «King Leopold II», mis en scène par Jean-Michel d'Hoop, est de surcroît un spectacle total qui use de tous les registres de la scène. Avec un Fabrice Rodriguez surprenant dans le rôle-titre. (C.Le)

Bruxelles, Théâtre de la place des Martyrs, jusqu'au 26 mars. Tél.: 02.223.32.08.

Mathilde ***

Cette forte pièce de Véronique Olmi - sur les déchirements d'un couple, sur le désir face aux normes sociales, sur le plaisir féminin - raconte le retour d'une écrivaine, après trois mois de prison pour détournement de mineur, face à l'incompréhension de son mari. Rosalia Cuevas fait face à un Patrick Descamps magnifique et très émouvant dans sa fragilité et ses fausses certitudes. (G.Dt)

Bruxelles, le Public (salle des voûtes), prolongation jusqu'au 2 avril. Tél.: 0800.944.44.

Men need sleep ***

Breakers et acrobates s'emparent des sensations générées par nos cerveaux en manque de sommeil, sous la houlette de Jean-Michel Frère - qui retrouve Namur Break Sensation. C'est vertigineux, raffiné, explosif et vecteur de chocs. Loin de la pure démonstration, la troupe propose un spectacle sur le fil, fruit d'une recherche et donc intense dans sa fragilité, mais aussi solide dans l'impressionnante virtuosité des corps. (S.C.)

Namur, Théâtre royal (grande salle), jusqu'au 24 mars. Tél.: 081.226.026.

Mort accidentelle d'un anarchiste ***

Lorsqu'un brillant imposteur met son nez dans des histoires louches de commissariat, ça promet bien du plaisir! L'Eveil s'empare du «vaudeville militant» de Dario Fo, de main de maître. Menée par Carlo Boso, l'équipe irradie; avec, entre autres, en son sein, un génial Guy Pion et un pittoresque Patrick Brüll. Rien de tel que le rire pour dénoncer, surtout servi par des orfèvres de la farce. Ici rondement réfléchie et intelligemment assumée. (S.C.)

En tournée. Voir notre agenda.

La Mouette ***

Indispensable, irremplaçable Tchekhov. Sans doute intimidant, certainement inimitable. Pour appréhender son oeuvre - complexe, dense mais d'une simplicité désarmante - et sa fameuse petite musique, il faut une mise en scène attentive, sensible, une légèreté dans la profondeur, une brise sur la houle des sentiments, une ironie certaine mais surtout pas définitive. Toutes choses que Xavier Lukomski orchestre, avec finesse et un sens aigu de la temporalité condensée ou distendue, dans cette «Mouette» au charme triste, tendu et tendre, drôle aussi. Avec, entre autres, une Lieve Phlippo aussi gracile que forte (en photo) et un vibrant Cédric Eeckhout. Belle mise en abyme, vrai bonheur de théâtre. (M.Ba.)

Bruxelles, Théâtre le Public (grande salle), jusqu'au 9 avril. Tél.: 0800.944.44.

Noooon, pas eux! **

Il ne manquait plus que ça. Jean-Luc Fonck (Sttellla) et ses deux compères Claude et Christian Martin (les Doubles Slashes) passent sur scène. L'histoire (la journée de trois fonctionnaires planqués au service des archives d'un ministère) sert de prétexte à une cascade de jeux de mots, aussi affligeants que géniaux. Bon, d'accord, la pièce ? ressemble parfois plus à une revue de fin d'année d'étudiants qu'autre chose. On reste cependant coi devant le rythme des calembours. Sportif. (L.H.)

Bruxelles, Théâtre de la Toison d'or, prolongations jusqu'au 26 mars. Tél.: 02.510.0.510.

Oncle Vania ***

La metteur en scène Elvire Brison relance la poignante constellation de solitudes imaginée par Tchekhov en 1897. Angelo Bison (Vania) et Benoît Verhaert (Astrov) mènent une belle distribution, dans un dispositif et une interprétation qui permettent d'entrer de plain-pied dans ces «scènes de la vie de campagne» si étrangement proches de nos citadines interrogations. (Ph.T.)

Bruxelles, Théâtre de la Vie, jusqu'au 26 mars. Tél.: 02.219.60.06.

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© La Libre Belgique 2005