Des lettres dévoilent la vie des peintres

Des lettres dévoilent la vie des peintres
de Marcilly Camille

exposition

Ala fin du XIXe siècle, on s’envoyait presque autant de lettres manuscrites qu’aujourd’hui des courriers électroniques. On dit qu’un téléphone portable peut refléter toute une vie, des photographies aux mails, il y a un siècle, les invitations à dîner, les rendez-vous, les "je vous attendrai à 15 heures à l’aérogare de Palma" (Miró), les déclarations d’amour et les commandes professionnelles s’échangeaient par écrit, sur le papier.

L’exposition qui rassemblait plus de deux cents lettres de peintres au Musée des Lettres et des Manuscrits, à Paris, en 2011, est désormais proposée à l’antenne bruxelloise du musée, galerie du Roi. Dans une version plus restreinte mais axée autour des peintres belges, Magritte, Ensor, Rops, cette sélection ravira les curieux et les amateurs.

Vie privée et artistique

Relations professionnelles, familiales ou amoureuses, la vie privée des peintres, de Monet à Degas, de Cézanne à Alechinsky, de Gauguin à Delacroix, se dévoile au fil de leur correspondance, désormais précieuse. Doutes, problèmes de santé, peines et joies s’expriment à leurs proches et à leurs pairs, ainsi de Toulouse-Lautrec s’adressant à "S[m]a chère maman", "Je suis toujours flemmard et attend l’inspiration" ou Monet écrivant à Mallarmé qui lui avait demandé d’illustrer son poème "La Gloire" : "Il y a peut-être rien d’amour-propre mais vraiment dès que je veux faire la moindre chose avec des crayons cela est absurde et de nul intérêt, par conséquent indigne d’accompagner vos poèmes exquis."

Si ces lettres permettent de découvrir l’homme derrière l’artiste, sa sensibilité, sa personnalité, elles éclairent aussi toute une période charnière de l’Histoire de l’art, révélant des vies fascinantes mais souvent bridées par les difficultés financières et le manque de reconnaissance. Solidaires, les artistes se soutiennent. Rodin répond ainsi à une lettre d’encouragement de Claude Monet : "Merci de votre bonne lettre, si cordiale pour moi ! C’est avec une véritable joie que je l’ai lue. […] Comme vous, ce qui m’honore en vous ressemblant, j’ai des ennemis qui s’acharnent toujours et jettent le public dans une confusion dont ils profitent pour faire préférer leur ours."

Croquis et esquisses

Impossible de ne pas songer au trait du peintre à la vue de tous ces fragments de vie. Parfois joliment calligraphiées, les lettres sont souvent émaillées de croquis et d’esquisses comme celles de Magritte (voir illustration). Une lettre de plusieurs pages adressée à Iolas, marchand d’art vivant et travaillant à New York, trahit le souhait de Magritte de ne pas réaliser des copies et des variantes de ses œuvres antérieures comme il lui avait demandé : "Je ne me contente pas de refaire des variantes de choses anciennes, je veux que mes nouveaux tableaux présentent de l’intérêt grâce à leur nouveauté." Et pour tenter de le convaincre de conclure un contrat - Magritte se trouvait alors en difficulté financière -, le peintre accompagna sa lettre d’une quinzaine de croquis représentant ses travaux en cours. De véritables petits témoignages de grandes œuvres d’art en devenir.

Camille de Marcilly

"Des lettres et de peintres", jusqu’au 13

octobre, Musée des Lettres et Manuscrits, galerie du Roi, 1, 1000 Bruxelles. Du mardi au

vendredi de 10h à 19h, le week-end de 11h à 18h. Entrée : de 5 à 7 €. Infos : 02.514.71.87.

et www.mlmb.be