Abordage en haute mer

Heyrendt Hubert
Abordage en haute mer

Patron d’une compagnie maritime danoise, Peter Ludvigsen (Søren Malling) doit affronter son conseil d’administration qui le presse de couper dans les dépenses. Une rude journée en perspective. Un coup de fil va la rendre bien pire… Quelque part dans l’océan Indien, l’un de ses bateaux, le MV Rozen, vient d’être abordé par une bande de pirates somaliens qui exigent une rançon exorbitante. A son bord, l’équipage est totalement affolé face à la violence utilisée. Les négociations s’annoncent longues et délicates…

Pour son premier film, le scénariste danois Tobias Lindholm a opté pour un réalisme radical. Très documenté - il bosse sur le projet depuis 2007, quand la piraterie était à son comble -, il signe un film étonnant, où l’on apprend énormément de choses sur ces prises d’otages musclées. A commencer par le fait qu’elles peuvent durer, non pas des jours ou des semaines, mais des mois entiers ! Tandis que, pour rendre le plus crédible possible les scènes d’action, le jeune cinéaste n’a pas hésité à affréter un cargo et un équipage ayant réellement vécu une telle expérience, pour aller tourner sur place, dans une zone qui est la cible des pirates venus des côtes africaines. Mieux, il a choisi de faire jouer au négociateur Gary Skjoldmose Porter son propre rôle. Le résultat est assez troublant. On vit de l’intérieur ce drame haletant, où il ne se passe pourtant souvent pas grand-chose, avant une explosion soudaine de violence…

Mais la vraie intelligence d’"A Hijacking", c’est de ne pas se contenter de raconter cette histoire, somme toute assez classique, du point de vue des otages. On suit, bien entendu, l’enfer vécu par ceux-ci à travers le regard du cook Mikkel (Pilou Asbæk) qui sert, en quelque sorte, d’intermédiaire entre les pirates et le Danemark. Mais on passe tout autant de temps à Copenhague, dans le bureau du P.-D.G. qui a choisi de mener les négociations lui-même, aidé d’un négociateur professionnel. Ce choix de déplacer le thriller de l’action vers le huis clos se révèle particulièrement efficace. Scénariste de "Submarino" et "La chasse" pour Thomas Vinterberg, mais aussi de la série politique "Borgen", Lindholm est indéniablement un raconteur d’histoire de grand talent. Par contre, la lecture politique qu’il fait de son sujet n’est pas claire. Le regard, faussement bienveillant, qu’il porte sur les pirates somaliens apparaît très eurocentré. Tandis qu’il s’embrouille un peu les pinceaux en semblant vouloir dénoncer la mondialisation qui permet qu’un bateau danois à l’équipage international se retrouve victime de pirates somaliens sans qu’aucun gouvernement ne puisse être tenu responsable. Tout en transformant en héros, entièrement dévoué à sauver ses employés, un patron sans scrupule qui, quelques jours avant, au nom de cette mondialisation, n’aurait pas hésité à tous les virer. H. H.

Scénario & réalisation : Tobias Lindholm. Musique : Hildur Guðnadóttir. Photographie : Magnus Nordenhof Jønck. Avec Pilou Asbæk, Søren Malling, Dar Salim… 1 h 43.