Expulsion collective vers l’Afghanistan ?

Hovine Annick

familles

Environ 200 Afghans, dont une cinquantaine de femmes et d’enfants, se sont rassemblés lundi matin à l’église du Béguinage, dans le centre de Bruxelles. Parfois assis à même le sol, des pancartes à la main, ils demandent l’autorisation de rester en Belgique. En effet, ils craignent une expulsion collective vers leur pays d’origine, l’Afghanistan. Ce pays, en proie à la guerre depuis 2001, est encore considéré comme dangereux selon les rapports des militaires toujours sur le terrain. C’est ce manque de sécurité qui inquiète le plus les Afghans : "Il y a une raison pour laquelle on est ici. En Afghanistan il y a toujours la guerre, on n’est pas en sécurité, les talibans sont partout" , nous explique Samir Hamdard, président du Comité de Solidarité "Afghan Cultural Center".

Pas encore programmée

Ces derniers mois, des opérations de renvoi collectif ont été réalisées à l’encontre de ressortissants guinéens mais aussi congolais. Les Afghans ont peur d’être les prochains sur la liste. C’est pourquoi ils se sont rassemblés dans l’église du Béguinage : "On va manifester pendant une semaine. On veut faire passer un message : c’est illégal de renvoyer tous ces gens, surtout les femmes et enfants." Justement, pour la Belgique, ce serait une première de renvoyer femmes et enfants dans le pays en guerre qu’est l’Afghanistan.

Si pour l’instant l’expulsion n’est pas encore réellement programmée, certains résidents d’origine afghane ont déjà pris le chemin de centres fermés ou du centre de retour Holsbeek (situé entre Louvain et Aarschot). Plusieurs arrestations ont également eu lieu.

Du côté de l’Office des étrangers, on tente de calmer les esprits en assurant qu’aucun projet d’expulsion collective n’est à l’ordre du jour. Sa porte-parole affirme même que les expulsions vers l’Afghanistan sont "ponctuelles et réalisées prudemment. Les Afghans sont rapatriés dans certaines zones du pays" . Des zones "sécurisées" bien sûr.

Ces propos n’ont pourtant pas empêché les gens de se rassembler au Béguinage. Parmi eux, on peut voir beaucoup de familles. "Ces gens n’ont pas de papiers, mais certains vivent ici depuis cinq ans, ils sont parfaitement intégrés. Ils sont bilingues : ils parlent français quand ils sont en Wallonie ou à Bruxelles et ils parlent flamand quand ils sont en Flandre" , insiste Samir.

Lettres à Maggie De Block

Certains n’ont pas hésité à montrer leur soutien en rédigeant des lettres à Maggie De Block, secrétaire d’Etat à l’Asile et l’Immigration (Open VLD) pour témoigner de l’intégration des enfants mais aussi de leurs familles. C’est le cas de professeurs, de membres d’écoles, de plusieurs CPAS. Samir souhaite à présent des négociations avec le ministère de l’Asile et de l’Immigration, mais "la communication est difficile" , dit-il.

D’autres ont aussi répondu présents : l’Eglise protestante de Bruxelles; le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX); la Ligue des droits de l’homme; mais aussi la Communauté catholique du Béguinage se sont montrés concernés par le futur de ces ressortissants afghans. "Le curé du Béguinage, Daniel Alliet, nous a offert son soutien, il nous a accueillis."

Des actions seront menées toute la semaine : débats, manifestations, interpellations des responsables politiques.

S.D. (st.)

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