Panique à Hollywood

L-r, James Franco, Jonah Hill, Craig Robinson, Seth Rogen, Jay Baruchel and Danny McBride star in Columbia Pictures' "The End of the World."
L-r, James Franco, Jonah Hill, Craig Robinson, Seth Rogen, Jay Baruchel and Danny McBride star in Columbia Pictures' "The End of the World."
Heyrendt Hubert

Cela fait un an que Jay Baruchel, acteur découvert en 2000 dans "Million Dollar Baby", n’a pas mis les pieds à L.A. A l’aéroport, son grand pote Seth Rogen, qui faisait, lui, ses débuts dans "Donnie Darko" en 2001, est là pour l’accueillir. Et a tout prévu pour qu’ils passent un bon moment : télé 3D, jeux vidéo, sodas et ganja plus qu’il n’en faut. Avant de l’emmener à la soirée où il faut être : la pendaison de crémaillère de James Franco, avec qui Rogen a tourné "Délire express" en 2008. Mais on sent que les choses ont changé entre les deux amis canadiens. Seth a multiplié les rôles à succès, tandis que la carrière de Jay bat de l’aile… Ce dernier n’a dès lors pas la moindre envie de passer la soirée avec le gratin du jeune Hollywood : Rihanna, Emma Watson ("Harry Potter"), Michael Cera ("Juno")… Et la soirée va se révéler plus apocalyptique que prévu. Pas à cause des rails de coke, de la vodka à tout-va et des jeunes admiratrices dans les toilettes. Non, Seth et Jay devront affronter rien moins que l’Apocalypse, la vraie ! Après un jeu de massacre, ne restent, retranchés dans la villa, que six acteurs : James Franco, Jay Baruchel, Seth Rogen, Jonah Hill, Craig Robinson et l’infernal Danny McBride…

Seth Rogen et son éternel complice scénariste Evan Goldberg - on leur doit le script de comédies loufoques comme "SuperGrave" et "Délire express" ou "The Green Hornet" pour Michel Gondry - passent pour la première fois derrière la caméra, en remaniant leur court métrage de 2007 "Jay and Seth Versus the Apocalypse". Malgré quelques longueurs, "This is the End" est un délire contrôlé parfaitement réussi. Car elle a beau mettre en scène d’heureux élus emmenés vers le ciel dans des rayons bleuâtres ou des démons aux attributs sexuels très développés, cette blague potache se révèle irrésistible dans sa capacité à dézinguer la bienséance hollywoodienne et à faire voler en éclats l’hypocrisie et la futilité qui règnent du côté des Hollywood Hills !

Et la charge n’en est que plus drôle qu’elle repose sur une autodérision ravageuse. Car si "This is the End" fonctionne, c’est parce que chacun y joue son propre rôle, y moque ses travers, ses rôles, sa carrière… A la façon de ce qu’avait parfaitement réussi, dans ses premières saisons, "Entourage", série produite par Mark Wahlberg. Le plaisir que l’on prend est identique, celui de plonger au cœur de la machine hollywoodienne, de ce système où des ados attardés deviennent du jour au lendemain des stars richissimes pouvant exaucer leur moindre caprice.

Bref, toute la bande qui tourne autour de Jude Apatow - ils ont tous, d’une manière ou d’une autre, participé à ses productions, de "40 ans toujours puceau" à "En cloque mode d’emploi" - s’offre une belle tranche de rigolade bourrée de citations de geeks cinéphiles. Leurs références, c’est avant tout le cinéma populaire, d’"Harry Potter" à "Scarface", mais d’abord et surtout leurs propres films. Rogen s’offre même un "Délire express2" en version "suédée", chère à Gondry dans "Be Kind, Rewind". Pour peu qu’on partage, ne fût-ce qu’en partie, ces références, il faudrait vraiment être de mauvaise volonté pour ne pas se tordre de rire face à cette farce débridée, pipi-caca, certes, mais jamais vulgaire. Jusque dans son final kitchissime au son des Backstreet Boys. Des films aussi cons que celui-ci, on en redemande !H. H.

Scénario & réalisation : Seth Rogen & Evan Goldberg. Musique : Henry Jackman. Photographie : Brandon Trost. Avec Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco, Jonah Hill, Danny McBride, Craig Robinson, Michael Cera, Emma Watson, Rihanna… 1 h 47.