Un bijou d’"Amant jaloux"

Martine D. Mergeay

Même s’il n’a plus été donné en Belgique depuis 83 ans, "L’Amant jaloux" d’André Ernest Modeste Grétry fait partie, depuis sa création à Versailles, en 1778, des plus grands succès de son auteur. Et l’occasion était rêvée en ce bicentenaire de la mort de Grétry de remonter cet opéra bouffe à l’intrigue aussi sommaire (quoique désopilante) que la musique y est subtile, inventive, raffinée, offrant des airs et surtout des ensembles pouvant soutenir la comparaison avec les plus belles pages de Mozart.

Partie de l’idée du violoncelliste Bernard Delire - directeur artistique du Festival de Lasne - d’en donner une version de chambre avec quelques jeunes chanteurs et deux ensembles instrumentaux constitués - le Quatuor Alfama et l’ensemble Quartz -, cet "Amant jaloux" déclencha bientôt l’emballement général. Montée en avril dernier au Théâtre Jean Vilar, dans la mise en scène d’Armand Delcampe et les décors et costumes de Thierry Bosquet, donnée en version concert à l’ouverture des Midis-Minimes, voici la production au Festival de Théâtre de Spa, avant une saison où elle sera donné plus de 30 fois en France et en Belgique !

C’est que le spectacle est un éblouissement, où la modestie des effectifs a conduit les maîtres d’œuvre à un extrême raffinement de tous les détails, à commencer par la transcription de Bernard Delire, transparente et dense à la fois, portée, sous la direction, par le haut niveau et la connivence des musiciens (au point de faire oublier qu’ils ne sont que dix). Thierry Bosquet signe un visuel somptueux, comme toujours, mais sur le mode épuré : décors structurés et mobiles, peintures délicates, costumes aux couleurs franches, où l’Espagne de l’ombrageux Don Alonze se revêt d’influences mauresques, tandis que les musiciens - sur scène - ont des livrées de cour…

Quant aux chanteurs, ils sont jeunes, certains encore étudiants au Conservatoire de Bruxelles, et de niveau inégal, même si Delcampe les rend tous bons comédiens (on rit beaucoup) ! La palme va au trio féminin : Aurélie Moreels (Léonore), aux aigus sublimes et à la justesse sans faille, suivie par la pétillante Rita Matos Alves, au bel canto raffiné (Isabelle) et la mezzo Pauline Claes (Jacinthe). Dans le rôle titre, le ténor Xavier Flabat révèle un timbre rare, brillant et coloré, Geoffrey Degives (Florival) est un ténor léger musical mais fragile, et la basse Marco Zelaya (Lopez) est encore trop inexpérimenté pour donner tout son poids au rôle du barbon… A retrouver au Théâtre Jean Vilar, du 2 au 31 décembre !

Martine D. Mergeay