"Trois femmes" ou le sens de la famille

Tirard Philip

festival

Le 54e Festival royal de théâtre de Spa s’était ouvert avec un trio féminin au bord de la crise de nerfs ("Chaos" du Finlandais Mika Myllyaho). Il s’achève avec "Trois femmes (ou l’échappée)" de Catherine Anne, fine comédie de sentiments à la française. Là où "Chaos" alignait trois jeunes femmes du même âge et proposait un regard sur le monde d’aujourd’hui à travers leurs yeux, la pièce de Catherine Anne confronte trois générations et sonde plutôt l’intériorité.

Avant de devenir metteur en scène et chef de troupe, l’auteur a été formée et a joué comme comédienne. Très efficace, sa pièce ne cesse de surprendre le spectateur. Trois générations mais deux familles bien différentes s’y rencontrent. On cueille la très fortunée et âgée madame Chevalier (Jacqueline Nicolas) chez elle un soir, alors que se présente une nouvelle auxiliaire de vie envoyée par sa fille. Accueil glacial : Joëlle (Bernadette Mouzon) est tout sauf la bienvenue, mais elle s’accroche car elle a besoin de ce job pour nourrir sa fille et sa petite-fille qui vivent avec elle.

Sa fille (Julie Duroisin) se prénomme Joëlle comme sa maman et, comme elle, cherche désespérément un emploi. Elle débarque chez la nouvelle patiente que sa mère a charge de veiller la nuit, dans l’espoir que la vieille dame lui donne une recommandation pour l’importante entreprise locale qui porte son nom. Quiproquo dans le plus pur style vaudeville : la rentière prend Joëlle fille pour sa propre petite-fille Amélie qu’elle n’a pas vu grandir et dont elle n’a pu s’occuper, à cause d’une dispute avec sa fille. La jeune femme aux abois va-t-elle profiter de la situation ?

Il y a beaucoup de finesse et d’émotion dans ce texte qui ne va pas sans rappeler une Loleh Bellon et qu’Alexis Goslain a monté comme un boulevard de bonne facture, dans une scénographie (Noémie Breeus) et des lumières (Thomas Vanneste) réalistes. Les trois comédiennes font assaut de générosité, d’intensité, mais aussi de pudeur, dans ces échanges où se mêlent le cœur et la raison, tissant des relations qui transcendent les appartenances sociales ou familiales.

"Peu importe le nom…", lance la vieille dame en boutade, nous rappelant que c’est l’humanité tout entière qui compose notre famille au sens large. Belle conclusion pour un Festival qui se veut rassembleur…

Philip Tirard

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