L’éolien offshore ne pro fite-t-il qu’aux riches ?

van Caloen Ariane

Analyse Ariane van Caloen C’est une note qui fait 9 pages. Elle a été remise au Conseil des ministres le 19 juillet, à l’avant-veille des vacances du gouvernement et surtout de… l’intronisation du prince Philippe. Elle porte sur la réforme des subsides offshore. Et elle est technique, très technique. Au point qu’on peut se demander combien de ministres, tout en affaire avant les festivités du 21 juillet, l’ont vraiment regardée de près. Il paraît que la discussion n’a pas été évacuée en 30 secondes. Il faut dire que le sujet est majeur. Car il porte sur l’avenir énergétique du pays et aussi parce que les montants en jeu sont énormes et concernent tous les Belges.

Selon une étude de la Creg parue en juin, le régulateur fédéral du marché de l’énergie, le coût du mécanisme actuel des subsides s’élève à 800 millions d’euros par an et à 15,5 milliards d’euros sur vingt ans (les concessions étant accordées pour vingt ans). Montant théorique, puisque seules les concessions C-Power et Belwind produisent actuellement de l’électricité.

Ce subside se répercute sur les consommateurs d’électricité au travers d’Elia, le gestionnaire du réseau haute tension. Et qui fait hurler surtout les gros consommateurs d’électricité.

Etant donné ces protestations, le secrétaire d’Etat à l’Energie, Melchior Wathelet, a limité la facture pour les gros consommateurs. Il cherche aussi comment réduire ces subsides dans des limites raisonnables. Dans le système actuel, Elia rachète les certificats verts aux producteurs d’électricité offshore à un prix moyen de 102 euros/MWh, alors que le prix actuel de l’électricité est tombé aux environs de 45 euros par MWh. Le coût de ces certificats verts est répercuté dans les tarifs d’Elia qui sont un des éléments composant la facture d’électricité.

Le secrétaire d’Etat voudrait trouver un niveau de soutien (pour les concessions qui n’ont pas encore bouclé leur budget) qui ne fera pas fuir l’investisseur et limitera le coût pour le consommateur. L’objectif est de rendre le "prix des certificats verts flexibles", explique-t-on au cabinet Wathelet.

Ce dernier a ainsi mandaté un consultant (dont le nom reste confidentiel afin qu’il puisse travailler à l’abri des lobbies…) qui devra déterminer le prix de l’électricité qui assurera la rentabilité minimum pour le producteur. Un chiffre est attendu pour début octobre. Il devra aussi guider le secrétaire d’Etat sur l’opportunité d’avoir un niveau plafond pour les certificats verts.

Le subside sera-t-il réduit de moitié ? Cela paraît peu probable si l’on en croit l’étude de la Creg qui a estimé à maximum 10 % le potentiel d’économies. Le régulateur pense même qu’un système basé sur le prix de l’électricité pourrait s’avérer plus onéreux.

Le gouvernement a-t-il peur de faire fuir les investisseurs ? "La tendance actuelle est à une baisse des subsides. Sera-t-elle aussi drastique que ce qu’on a vu avec le photovoltaïque en Wallonie, je serais curieux de voir. Car l’enjeu est de taille", souligne Me David Haverbeke, associé au cabinet Field Fisher Waterhouse LLP et spécialiste des matières énergétiques.

L’enjeu va bien au-delà de ce qu’on peut imaginer. Outre le plan Wathelet qui consiste à combiner l’énergie du renouvelable avec celle produite essentiellement à partir des centrales au gaz, il y aussi un enjeu industriel… et financier. Quelques fleurons privés ou publics de l’économie belge sont parties prenantes. Parmi lesquels Colruyt, Deme (groupe Ackermans&van Haaren), la SRIW (Société régionale d’investissement wallon), Aspiravi (groupement d’intercommunales flamandes) ou le holding public liégeois Socofe qui se retrouvent tous dans plusieurs projets. La SRIW, bastion des socialistes, actuellement dirigée par Olivier Vanderijst, ancien chef de cabinet de Laurette Onkelinx, est un investisseur de longue date. On trouve aussi la société Electrawinds qui a été présidée pendant trois ans par un certain… Johan Vande Lanotte, l’actuel ministre de l’Economie. "C-Power, la première concession mise sur pied, n’aurait pas vu le jour si Johan Vande Lanotte n’avait pas donné son aval", poursuit David Haverbeke.

N’oublions pas non plus le rôle clé joué par les banques (dont certaines détenues par l’Etat) qui financent ces projets à coups de centaines de millions d’euros. Dans le contexte actuel, celles-ci veulent réduire le risque au maximum et se montrent dès lors très exigeantes.

On l’aura compris, quelques ténors du monde politique ont tout intérêt à bien faire tourner l’éolien offshore. On assiste donc à un bras de fer entre les gros consommateurs d’électricité (représentés par les fédérations Essencia et Febeliec) et les acteurs de l’offshore, les uns et les autres faisant le pied de grue au cabinet Wathelet pour faire valoir leurs arguments.

Mais il y a aussi des intérêts opposés au niveau politique, puisque certains partis, à commencer par les socialistes francophones et néerlandophones, crient sur tous les toits qu’ils cherchent à faire baisser la facture d’électricité du consommateur. Ce n’est pas par les subsides à l’éolien offshore qu’ils y arriveront…

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