Masques attack

Fella Bruno
Masques attack

Une maison isolée, deux amants postcoït, la musique à fond… Gros plan sur un visage qui hurle. Gros plan sur l’arme qui s’abat. Et on termine par l’hémoglobine qui gicle. Classique. Histoire de planter le décor, autant que ce soit d’une arme blanche dans un corps, quand il s’agit d’un film d’horreur. La séquence d’ouverture a révélé la menace; maintenant, passons aux choses sérieuses.

Erin, étudiante, se rend dans la maison voisine du massacre encore inconnu pour le 35e anniversaire de mariage des parents de son compagnon, un bon gros nounours. Le parquet de la bâtisse inoccupée craque, les interrupteurs font click… La mère déjà névrosée angoisse : "On est isolé ici." Le père de famille tente de la rassurer, quand la marmaille arrive enfin, "+1" inclus.

Le grand frère, qui arbore l’odieuse taquinerie de son statut d’aîné, fait la paire avec sa femme. La petite sœur, princesse de la famille, a ramené un cinéaste à lunettes, du genre documentariste chiant. Le petit frère a, quant à lui, l’air paumé de la petite frappe qui s’est choisi une meuf gothique rien que pour faire tache. Enfin, le nounours souffre-douleur est accompagné d’Erin, celle qui semble être la normalité incarnée.

Malgré le catalogue de stéréotypes, on s’apprête, non sans plaisir, à voir exploser ce "Festen". Le repas du soir dans la salle à manger toute en boiserie est l’occasion rêvée pour la catharsis. Au-delà des éclats de voix, une pièce rapportée remarque quelque chose par la fenêtre.

Le cinéaste se lève pour retomber un carreau d’arbalète fiché dans le crâne. La maison, bientôt infiltrée par des meurtriers aux proverbiaux masques, cette fois-ci d’animaux, voit ses occupants peu à peu décéder avec force hémoglobine.

L’horreur n’a rien de sorcier, mais encore faut-il ne pas tomber dans l’ersatz ou la parodie du charnier de ce film de genre. Les connaisseurs remarqueront les clins d’œil à "Scream", de Craven, "Assaut" ou "Halloween", de Carpenter, sans pour autant que l’histoire ne sente l’hommage faisandé, tant la tension est entretenue. Si l’issue fatale semble acquise, le scénario ne manque pas d’un ou deux ressorts pour éviter la simple boucherie. La lumière quasi nordique donne une profondeur à l’image qui ne sent pas le pop-corn. L’humour froid sans exagération n’offre pas d’échappatoires. Aussi, on reste dans le film de la première à la dernière goutte de sang.B.F.

Réalisation : Adam Wingard. Scénario : Simon Barrett. Photographie : Andrew Droz Palermo. Avec Sharni Vinson, AJ Bowen, Nick Tucci, Wendy Glenn… 1h35.