Un château plein d’artistes

Un château plein d’artistes
Vaute Paul

exposition

Pierre Alechinsky, Pol Bury, Jacques Charlier, Paul Daxhelet, Paul Delvaux, Fernand Flausch, Jean-Michel Folon, René Magritte, Roger Somville, Léon Wuidar… : ils sont près de soixante artistes belges ou ayant vécu en Belgique à occuper pour deux mois les salons du château de Waroux. Organisée à l’occasion du 60è anniversaire du Conseil national des arts plastiques (Cnap), en collaboration avec la commune d’Ans, l’exposition ambitionne rien moins que d’illustrer les grands courants artistiques qui se sont succédé ou superposés depuis le milieu du XXè siècle jusqu’à nos jours.

Huit étapes divisent ce voyage dans le passé récent. Retour d’abord aux années ‘50 qui voient s’affronter durement les classiques et les modernes - pour le dire simplement - et les seconds l’emporter, prenant le contrôle des différentes instances alors que les figuratifs sont de plus en plus écartés des galeries. S’impose alors l’abstraction, géométrique ou lyrique, notamment à travers le mouvement Cobra. A la fin des années ‘60 émerge le pop art qui puise dans les objets, les médias et les mœurs de la société occidentale. mais les nouvelles figurations font aussi leur chemin, tout comme l’exploration de mythes du passé. On n’oublie pas de réserver un espace aux inclassables et on termine par le "bel aujourd’hui", comme dirait Mallarmé, ce début du XXIè siècle qui voit l’art s’engager dans des voies multiples et protéiformes, s’inspirant de la culture rock, de la bande dessinée, de la photographie, de la publicité, du cinéma, des jeux vidéo…

La présentation des œuvres s’accompagne de souvenirs et documents qui en éclairent le contexte : lettres, brochures, photographies, coupures de presse… Le regard est bienveillant sans être naïf. La sélection laisse une large place à la découverte, à l’inattendu. "Notre préoccupation, explique le commissaire de l’exposition Lucien Rama, critique d’art et artiste lui-même, a été de mettre en valeur des artistes qui sont mal compris ou parfois mal catalogués". Et aussi, dans le même esprit, de révéler des facettes ignorées de ceux qu’on croit le mieux connaître. Ainsi pour ces gravures de Magritte ("Nécessité des rêves"), à mille lieues des "Amants" ou de "L’empire des lumières", ou pour ces bronzes d’Alechinsky ("Cryptocubes") qui a très peu sculpté.

Bien d’autres surprises attendent le visiteur au tournant, des "Footballeurs" que Paul Daxhelet alla croquer au Standard, à la sérigraphie façon Warhol de Jacques Charlier où le visage de Michel Daerden remplace celui de Marilyn Monroe (non, ce n’est pas une commande de la commune !), en passant par la fameuse Cadillac dans le béton au Sart Tilman de feu Fernand Flausch, ici réduite en résine polyester… avec une flèche indienne plantée sur le toit.

Peut-on, dans toute cette production, relever des caractéristiques nationales ou régionales ? "Il y a des spécificités typiquement belges, nous dit Lucien Rama, notamment le rapport à la vie. Nous sommes un petit pays divisé mais qui a une densité artistique extraordinaire. Et il y a souvent un questionnement philosophique. Les squelettes de Delvaux face à des représentations de la jeunesse, cela renvoie à tout un courant qui remonte au Moyen Âge, à Jérôme Bosch…"

L’exposition servira de cadre à des visites guidées ainsi qu’à deux conférences, "Voir et comprendre l’art d’aujourd’hui" et un exposé sur les droits d’auteur.

P.V.

Traces d’artistes&courants d’art, jusqu’au 17 novembre au château de Waroux, rue de Waroux 301, 4432 Alleur (Ans). Ouverture du mardi au dimanche de 14 à 18 h. Entrées 2-5 euros. Rens. : tél. 04-371.98.38, www.ans-commune.be